samedi 22 mars 2014

Les mémoires du tilleul de Montalembert

Une ordonnance de 1605 signé Maximilien de Béthune, duc de Sully, surintendant des finances d'Henri IV, encourageait les paroisses à planter symboliquement un arbre sur la place publique.

Et c'est donc devant l'église Saint-Sylvestre de Montalembert, que le narrateur, un tilleul de Sully, fut planté.

De son piédestal, c'est quatre siècles d'histoire et d'amour de son village qu'il raconte.

Un livre à conseiller. Doublement.




Les mémoires du tilleul de Montalembertpar Jean-Pierre Groussaud, avec la collaboration d'Alain Texier, COPY-MEDIA, février 2014.


dimanche 2 mars 2014

Le document du mois

Dans le cadre du Geneatheme du mois proposé par Sophie (bon, je triche un peu, on est déjà au mois de mars), et pour fêter mes deux ans, je vous propose le document du mois.

Bon, quel document ?

Il y en a tellement que je ne saurais dire :
  • les registres paroissiaux...
  • les actes notariés...
  • les vieilles photos...
  • les plans...
  • les vieux livres poussiéreux, parfois numérisés (la même chose sans le papier et la poussière)...
  • les livres régionaux...
  • etc.
Il y en a tellement que je ne saurais dire...

J'ai choisi de vous présenter, tada, le plan de cadastre ancien de Savigné, dans le sud de la Vienne, porte ouverte de mes réflexions, qu'on trouve ici.

Archives départementales de la Vienne en ligne

Aussi, trouve-t'on quelques éléments portant sur l'histoire du village.

Ainsi, Section G, 3ème feuille, on trouve le village de Loing, scène d'un dramatique incident au XVIIIe siècle.

Archives départementales de la Vienne en ligne,
cadastre relevé sur le terrain le 1er décembre 1829

Ou alors la ferme de Fayolle, où est née ma mère, Section C, 2ème feuille. Les lieux ont bien changé.

Archives départementales de la Vienne en ligne

Dans cette même feuille, on trouve également le village de la Gilardière, dont les terres ont longtemps appartenu à l'une des branches de la famille Pontenier, mes recherches du moment. A l'heure actuelle, la Gilardière a disparu, englobé dans l'allongement de Vergné. Seul le manoir nous donne une idée de son existence.

Archives départementales de la Vienne en ligne

Etc. Il y en aurait tant à dire. Rendez-vous ici.

dimanche 19 janvier 2014

Y'a du mieux, mais c'est pas encore ça

Il y a un peu plus de deux ans, Alain Texier proposait, dans le forum du groupe d'entraide ge86, une énigme concernant un acte de sépulture peu ordinaire : l'inhumation d'un nombre importants de personnes, femmes et enfants, morts noyés à Saint-Saviol. Cette aventure culmina avec la découverte des greffes de la sénéchaussée de Civray, conservés aux archives départementales de la Vienne, dans lesquels on retrouva les minutes de la procédure judiciaire qui s'ensuivit. Ce travail fut accompli grâce à l'étude de Gloria, alias Lulu Sorcière, qui publia sur son blog les résultats de l'enquête.

Suite à ça, je m'intéressai à le meurtre, commis à Savigné, relevés dans l'index de ce greffe, par Adrien Buchey sur son frère Jean-Nicolas. Gloria et Alain m'apportèrent toute l'aide nécessaire. L'affaire Buchey vit le jour.

Il y a un peu plus d'un an, l'association des Amis du Pays Civraisien, garante de la sauvegarde du patrimoine historique et culturelle de la région, proposait à Alain de tenir une conférence sur la noyade. Celui-ci, de peur de ne pas proposer une conférence suffisamment longue, avait alors suggérer d'évoquer l'affaire Buchey en deuxième partie. Cependant, il ne le put, car, premièrement, il sut magistralement tenir la conférence sur la noyade, et deuxièmement, l'homicide de Savigné pouvait à lui seul faire l'objet d'une conférence.

C'est ce qui s'est produit en fin d'année dernière. On proposa à Alain cette conférence sur l'affaire Buchey, et il s'est retourné vers moi pour me proposer de la tenir, ce que j'ai accepté. A partir de là, quelques contacts peuvent en témoigner, j'ai subi une sorte de trac bizarre, c'était la première fois que je devais parler de généalogie devant un grand nombre de personne.

Finalement, une fois lancé, on oublie ce qu'on fait et les mots fusent pratiquement de façon naturelle. Je n'ai pas vu le temps passer et j'espère avoir bien rendu l'histoire (pas évident d'avoir un ressenti post-opératoire, on ne va pas venir me voir pour me dire que ce n'était pas terrible...). J'ai toutefois eu de bons échos, merci, donc, d'être venu m'écouter, et merci aux Amis du Pays Civraisien et à Mlle Rougier pour avoir organiser cette conférence. Et bien sûr, un grand merci à Alain pour le coup de main.

Cette conférence fit l'objet d'un article dans le journal local, article dont j'ai déjà évoqué les petites erreurs dans une note précédente :

Le Journal de Civray, édition du 19 décembre 2013

Dans un premier temps déçu, je m'étais fait à l'idée : pas grave ! Au moins, j'ai une belle photo de moi... C'est-y pas que des proches sont venus se plaindre et un second article parut il y a moins de deux semaines :

Le Journal de Civray, édition du 9 janvier 2014

Y'a du mieux, mais c'est pas encore ça ! Je crois qu'on a du mal avec mon patronyme, pourtant extrêmement local et pratiquement inchangé depuis 400 ans (variations avec Pisard, Puisard, Pissart, etc.). Pour info, je vous joins ci-dessous l'un des plus anciens baptêmes concernant mon nom, trouvé dans les registres paroissiaux de Civray (le plus ancien date de 1612, les registres commençant en 1611, on peut pas faire plus ancien) :

Archives en ligne de la Vienne, Civray, B - 1611-1615, v.88/104

Le troisième jour du mois d'avril mil six cent et quinze, en l'église Saint-Nicolas de Civray, par moi soussigné vicaire dudit Saint-Nicolas et de Saint-Pierre d'Exideuil son annexe, a été baptisée Suzanne Pissard, fille de Colas Pissard et de Marie Quaquette du village de Marigné, paroisse dudit Saint-Pierre d'Exideuil, et furent ses parrains Guillaume Texereau dudit Marigné et Suzanne Eymard du Moulin Minot susdite paroisse, en foi de quoi j'ai signé, les jours, mois et an...

A moins qu'on nous la fasse à la manière de Ligault, curé de la Charrière (Deux-Sèvres), concernant une famille Pissard (non connectée à ce jour aux familles civraisiennes), dont le patronyme était jugé tellement vulgaire que ce fameux curé le signalait dans les actes (tant et si bien qu'il donnait le patronyme de Charrière, la paroisse, au lieu et place de Pissard), comme par exemple :

Archives en ligne des Deux-Sèvres, BMS - 1700-1750, v.215/264

Le vingt deux mars mil sept cent quarante deux a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps d'Aimé Charrière vulgairement appelé Pissard décédé du jour précédent fils d'Alexis Charriere et de Jeanne Laidin, ont été présents Alexis Charriere, Louis Charrière, Jeanne Charrière, Laurent Charrière et autres qui ont déclaré ne savoir signer, le défunt âgé de vingt trois ans...

Après, je ne vais pas changer ce présent site en la Picarderie, désolé, mon patronyme, j'y tiens un peu.

jeudi 16 janvier 2014

Implexus

Lorsque j'ai commencé à travailler sérieusement ma généalogie, je me suis fixé quelques objectifs, comme des quêtes secondaires d'un bon jeu vidéo. Certains objectifs viennent s'ajouter aux autres, dont quelques-unes passent à la trappe faute de temps. En voici un échantillon :
  1. Remonter ma branche des Pissard (paternelle) le plus loin possible, ceci étant fortement perturbé par un mariage non filiatif en 1716.
  2. Trouver un couple en commun entre mon père et ma mère.
  3. Faire des études sur le patelin de Savigné, voire en faire un ouvrage sous une forme ou une autre (dans 105 ans je pense).
  4. Décortiquer la famille Buchey jusqu'à le connaître par coeur, et pourquoi pas, en faire un ouvrage.
  5. etc.
Le point n°5 reste à débattre.


Je suis heureux de vous indiquer que le point n°2 vient d'arriver à son terme. Enfin ! Mes parents sont nés à quelques km d'écart l'un de l'autre, j'ai eu grande peine pourtant à  leur trouver un ancêtre en commun (malgré quelques patronymes communs aux mêmes lieux).




Ainsi, voilà ma trouvaille (du côté maternel, il y a même deux chemins) :

Honoré Granger (~1611-1693)
& Marie Guyon












Jean Granger (~1640-1712)
& Marie Rogeon (1655-?)
Pierre Granger (~1640-1716)
& Marie Teillier (?-?)












Marguerite Granger (1679-?)
& Charles Garet
Pierre Granger (1687-1766) &
Marie Debenest (~1697-1729)
Marie Granger (~1688-1747) &
Pierre Goursaud (~1682-1742)






Pierre Garet (?-?), texier
& Jeanne Meunier (~1702-1777)
Jean Granger (1720-?) &
Marie Bernardeau (~1731-1771)
Michelle Goursaud (~1710-1761)
Jean Festy (1715-?)






Marie Garet (1737-1794),
& Pierre Roy (1737-1795)


Françoise Festy (1744-?) &
Jean Blanchard (~1738-1792)






Jeanne Roy (1766-1825),
& Jean Chevaux (1767-1848)
Marie Granger (1767-?), 
Louis Blanchard (1766-1808)












Jeanne Chevaux (1811-1882) &
Jean-Baptiste Guillaud (1808-1868)
Louise Blanchard (1797-1836)
& Pierre Sylvain René Deblais (1783-1835)






Marie-Hélène Guillaud (1837-1875),
& Pierre-Jacques Bardeau (1836-?)
Jean Deblais (1827-1891) &
Marie Dubois (1829-1910)






Marie-Léontine Bardeau (1863-1956)
& Charles Pissard (1859-1923)
Marie-Magdeleine Deblais (1854-1923)
& Pierre Rousseau (1847-1900)






Louis Pissard (1885-1932) &
Marcelline-Georgine Lebeau (1888-1981)
Jules Pierre Rousseau (1880-1964)
& Léontine Denis (1885-1981)






Roger Pissard (1926-1990) &
Jeanne Theulière (1932)
Marcel Rousseau (1907-1979) &
Raymonde Deverge (1913-1984)






mon père
Raymonde Rousseau (1933-2009)
& Michel Vallade (1932-2011)








ma mère












et bien sûr votre serviteur, moi



samedi 21 décembre 2013

Mon bilan de l'année 2013

Suite au bulletin du Généathème de ce mois proposé par Sophie Boudarel, je joue le jeu du bilan de cette année écoulée.

Le début de l'année 2013 coïncidait comme par hasard avec la fin de l'année 2012. Cette année-là avait fini sur les chapeaux de roue, avec la causerie sur la noyade de Réfoux, magistralement mis en scène par Alain devant l'assemblée des Amis du Pays Civraisien, avec la participation de Gloria et un peu de moi-même aussi :



Extrait de La Nouvelle République

A cette occasion, l'affaire Buchey devait sortir, mais ça valait bien une conférence à elle toute seule. C'est reporter à plus tard.


Le premier anniversaire de mon blog arriva, avec l'annonce d'un challenge pour le mois d'avril. Pari difficile, surtout pour les X, Y et Z. L'occasion de rencontrer d'autres curieux, d'autres chercheurs, pour se dire, finalement : Non, vous n'êtes pas les seuls sur cette planète !


Mois de mai fleuri, création du site Noms du Poitou, dans la forme que je voulais lui donner : une vision de la généalogie, des gens qui ont fait le Poitou, plus particulièrement le sud de la Vienne. A terme, j'aimerais traiter tous mes ancêtres, noyés dans une profusion de lignées familiales — 96 articles publiés, autant en attente de l'être.

La rencontre de Juillet. Rendez-vous annulé chez la sorcière du Poitou, même si votre serviteur ignorait l'annulation et s'y est donc rendu. Première séance improvisée chez Lulu, première des ateliers généalogiques, fort éducatif et fortifiant. Échanges sur Availles, le Poitou, Cora, la vie quoi !

Suite à ça, création immédiate et instantanée du blog consacré à Savigné, ma commune d'adoption, ma commune préférée, le petit village perdu au bord de la Charente, berceau des ancêtres, en vrac, de François Hollande (Broussard), de de Lattre de Tassigny (Minot), de Chandernagor, père et fille, etc. — 42 articles publiés, autant en attente de l'être.


Opération les ateliers généalogiques 2 le retour, Fred est indisponible, rencontre avec Valérie, et mes remerciements toujours pour Gloria. Points communs : blog et blog de villages, une façon d'étudier l'histoire.


2013, c'est l'année des contacts. Je tiens à remercier toutes ces personnes, qui, découvrant mes recherches, me contactent pour poursuivre leurs propres recherches : Louis de Crozé, sur la famille CROZÉ, dont je tiens à poursuivre la branche, Bertrand Savatier, sur les MACHET de la Martinière (à qui je dois, je suppose, la référence à mon site sur la page Wikipedia de Dominique de la Martinière, trouvée inopinément), Christine Fièvre sur les CACAULT de la Cotterie, et bien d'autres. À tous, merci !


Alors, tout doucement, arrive la fin de l'année 2013, et retour sur l'affaire qui m'a passionné, passionne toujours, et qui ne demande qu'à se compléter, je veux parler de l'Affaire Buchey, et je vous prie d'excuser cet anaplodiplose, puisque le 11 décembre, passage devant l'assemblée des Amis du Pays Civraisien, et je remercie particulièrement Alain, conteur qui m'a cédé sa place, Mlle Rougier, présidente de l'association, et tous les membres, et à ceux qui sont venus écouter cette petite histoire.
Un merci à M. Pierre, pour la publicité accordée à mes recherches, et ses éléments sur l'affaire Clément !


Extrait du Journal de Civray, jeudi 19 décembre 2013 (Merci Marité)
Dommage pour la petite erreur sur le nom —
la presse est arrivé en retard et n'a pas assisté au prologue d'Alain,
qui expliquait pourquoi il me laissait chaleureusement la place sur la conférence

Cependant, 2013, c'est également l'année des désillusions : copillage, surtout, sans référence (de LA DUGUIECROZÉ, de LOSSE, de VENASSIER, LEVIEIL, etc...), et pis un peu les erreurs de la presse (cf ci-dessus, etc...).

Un remerciement en particulier à tous ceux et celles qui viennent ici, merci à ceux qui laissent quelques messages, merci aussi à ceux qui ne font que passer. Et veuillez me pardonner pour ceux que j'oublie !

2014. D'accord, on verra pour la suite. Plus d'idée, plein de projet... J'espère qu'au cours de l'année prochaine, la presse saura dire mon nom !



Joyeuses fêtes et bonne année !

samedi 9 novembre 2013

6 heures 10 minutes et 32 secondes

Le soldat Theulière

Mon arrière grand-père, Eugène Theulière, naquit le 22 novembre 1888 à Saint-Coutant, en Charente. Son père, Martial, originaire de cette même commune, un grand gaillard cultivateur de 50 ans, avait épousé, douze ans plus tôt, Mariette Vergnaud, de 21 ans sa cadette, venue de Saint-Claud.

Je ne connais pas grand chose sur son enfance et son jeune âge. Leur milieu social modeste, le temps déjà ancien, a effacé ces premières années au village de Fontcreuse, petit village perdu dans les bois, tout près du lieu où la Charente et la Vienne faillirent s'unir pour toujours pour changer à jamais la configuration de ce beau pays.


Eugène fut inscrit sur la liste de Champagne-Mouton sous le n°50, classe 1909. Son signalement nous permet de le connaître un peu mieux :
  • cheveux et sourcils châtains,
  • yeux gris, front ordinaire,
  • nez moyen, bouche moyenne,
  • taille : 1 m 58.

Est-ce une photo
d'Eugène ? Ma grand-mère
n'en était pas sûre

Il est précisé qu'il possédait un degré d'instruction générale de 3.


Le soldat Theulière était prêt. Appelé à l'activité le 7 octobre 1909, il arriva au corps le même jour, au 107e régiment d'infanterie, en garnison à Angoulême. Entré comme soldat de 2ème classe, il passa caporal le 25 septembre 1910, on lui accorda un certificat de bonne conduite et il fut renvoyé dans la disponibilité le 24 septembre 1911. Il fut rattaché au régiment d'infanterie d'Angoulême, et s'installa à Puyréaux, tout près de Mansle. A ce jour, j'ignore pourquoi.





Et puis, ce fameux 3 août...



Extrait du Petit Parisien, 3 août 1914

Le soldat Theulière, parmi tant d'autres, fut mobilisé et arriva au corps le même jour. Bruno Rivet, ce jour, me donna une idée de ce qu'il fit (merci), puis part
i aux armées le 6 août 1914.

Il 
 fut nommé sergent le 27 avril 1915, passa au 107e Régiment d'Infanterie le 27 mai 1915,  puis au 10e Bataillon de Chasseurs à Pied le lendemain.

Trois semaines plus tard, d'après le J.M.O., du 16 au 20 juin 1915, le 10e BCP opéra "dans le Bois Carré, vers le boyau d'Angres et sur le chemin creux". Eugène fut évacué blessé le 19 juin 1915, suite à une "plaie au coude gauche, avec fracture, par balle". Un commentaire du 20 novembre 1915 évoqua un "très bon sous-officier, courageux et énergique. Il s'est particulièrement distingué pendant les combats du 16, 17, 18 et 19 juin 1915".


Il retourna aux armées le 26 septembre 1916.


Le 3 juin 1918, le bataillon se situait dans les plateaux entre Vaux et Pernant. Sous les bombardements ennemis, la troupe devait traverser un vrai billard. Nombreux furent ceux qui tombèrent et furent laissés à leur sort, mentionnés "disparus" dans le J.M.O. On ignorait alors s'ils avaient été tué, blessés ou prisonnier. Le soldat Theulière fut du nombre. Après avoir été blessé à la tête par un schrapnel, il fut fait prisonnier.


J'ignore totalement ce qui se passa pour lui ensuite. De cette période, je ne possède qu'un seul écrit :


Il fut rapatrié le 12 décembre 1918 et on lui donna permission au dépôt le 14 janvier 1919. La suite fut une succession de commissions, suite aux blessures de ses combats :
  • Classé Service Auxiliaire, il fit monté un dossier à constituer par le Commission de Réforme d'Angoulême du 6 mai 1919 pour "fracture par balle du bras gauche, 1/3 inférieure, avec gêne fonctionnelle notable".
  • maintenu Service Auxiliaire et pensionné temporaire à 15% par la Commission de Réforme de Limoges du 2 septembre 1919 pour "fracture ancienne de l'extrémité inférieure de l'humérus gauche avec limitation à 75° des mouvements de flexion, mouvements de supination limités. Brèche osseuse du vertex avec cicatrice à fond dure. Céphalées après la fatigue". par la suite, il fut envoyé en congé illimité le 4 septembre 1919.
  • maintenu Service Auxiliaire proposé pension temporaire 15% par la Commission de Réforme de Limoges du 12 mai 1922 pour "1° fracture ancienne de l'extrémité inférieure de l'humérus gauche avec limitation de 75° des mouvements de flexion. Limitation de la supination, diminution de la force musculaire. 2°) légère brèche osseuse du vertex, cicatrice à fond dure non pulsalile ni impulsive, se plainte de céphalées et de vertiges".
  • maintenu service auxiliaire proposé pour une pension définitive (article 7) avec évaluation de l'invalidité à quinze pour cents décision de la Commission de Réforme de Limoges du 3 mai 1923 pour "1° raideur du coude gauche limitant à 75° les mouvements de flexion gênant les mouvements d'extension complète et de supination, légère amyotrophie. 2° légère brèche osseuse intéressant la table externe".
Le bilan de son dossier militaire précise que ses campagnes concernent uniquement celle contre l'Allemagne, du 3 août 1914 au 3 septembre 1919.

Classé "sans affectation" le 1er août 1927 et dégagé de toute obligation militaire le 15 octobre 1937, il avait reçu la médaille militaire par décret du 30 mars 1935, paru au J.O. du 24 avril 1935. Pour lui, la vie de famille peut commencer.

Eugène, quelques années plus tard.
On devine une raideur du coude gauche.

Les aventures du soldat Eugène ne sont pas finies, connaissant quelques péripéties le concernant, ainsi que sa famille, durant la seconde guerre mondiale.

J'arrêterai là mon récit du poilu Theulière. Pour conclure, j'aimerai ajouter que tous les détails que je vous ai dévoilés font suite à des recherches dans l'état civil de Saint-Coutant et aux Archives Départementales d'Angoulême, menés par Michel Juge, du Fil d'Ariane, il y a quelques années (je le remercie vivement pour les photos du dossier militaire). Eugène n'était pas ou peu évoqué dans ma famille, je suis donc parti à peu près sur rien pour construire l'image de mon arrière-grand-père. J'espère pouvoir vous proposez la suite, un jour.

Quant au titre de cet article, il n'est pas anodin et sans rapport avec mon aïeul. Par héritage, j'ai acquis une très jolie montre, lui ayant appartenu. Je me prends à rêver : peut-être e-t-elle connue les tranchées, ou bien non, mais bon... Vous l'avez compris, le titre, c'est l'heure qu'indique cette montre.


dimanche 13 octobre 2013

Le meurtre de Brux (1906)

Le crime

C'était la nuit du 5 au 6 mars 1906, nous étions à Brux, dans une maison bourgeoise du bourg de la commune.
La vieille dame Gaschet, un peu sourde, fut violemment frappée, s'éveilla et crut que son mari, dormant à ses côtés, était devenu subitement frappé de folie.
— Es-tu fou, Gaschet ? s'écria-t-elle.
Dans le pénombre, elle ne distinguait aucun mouvement, et son mari ne répondait pas. Prise de panique, elle appela au secours, et sa belle-fille, qui dormait dans une chambre à l'étage supérieur, descendit rapidement. A la lumière d'une lampe, la femme, horrifiée, ne cacha sa surprise lorsqu'elle aperçut le visage ensanglanté de son beau-père, qui gisait immobile dans le lit. A son tour, elle crut que sa belle-mère avait été prise d'un accès de folie !

On réveilla un voisin qui se rendit à Couhé, d'où on ramena le docteur Tabakian.

A son arrivée, on s'aperçut que la serrure de la porte avait été détachée à l'aide d'un ciseau de menuisier, et on se persuada à ce moment-là qu'il s'agissait en fait d'une tentative de meurtre !

Les blessures de M. Gaschet étaient horribles : chacune d'entre elles avaient 4 cm de largeur, et n'avaient épargné ni le visage ni le reste du corps : le visage, le cou, l'épaule gauche et la poitrine étaient couverts d'énormes plaies et il perdait du sang par la bouche. Les premiers examens indiquèrent qu'il avait la mâchoire fracturée en deux endroits, plusieurs côtes avaient été brisées, et l'un des fragments avait atteint la plèvre et avait peforé le poumon, entraînant une hémorragie interne et une pneumonie traumachique.

Il devint évident qu'un malfaiteur s'était introduit dans la maison à la faveur de l'obscurité. Il devait bien connaître les lieux, pénétrant dans la chambre des maîtres de maison, dans l'intention sans aucun doute de fouiller les tiroirs où les époux Gaschet avaient l'habitude de caché l'argent destiné aux dépenses courantes. On pouvait même espérer y trouver une somme importante reçue par Gaschet à la foire de Couhé, le 21 février précédent.

A priori dérangé dans son ouvrage, le malfaiteur s'était approché du lit des époux Gaschet, et, pour ne pas être reconnu, les avait frappé avec une violence inouïe avec une arme inconnue, probablement une masse.

La blessure reçue par Mme Gaschet, sur le dos de sa mai gauche, avait laissé une trace caractéristique, comme une empreinte d'un instrument métallique, ni tranchant, ni pointu, telle laissée par une masse ou un marteau. 


Gaschet, lui, ne devait survivre que deux jours, mourant le 8 suivant.


Les époux Gaschet étaient deux vieillards appréciés dans le bourg de Brux. Il y vivaient seuls, avec une jeune domestique de 16 ans, et leurs enfants, qui demeuraient loin, venaient bien les voir, mais accidentellement. Ils étaient charitables et n'avaient aucun ennemi. Leur situation de fortune venaient de la vente de leurs récoltes — ils étaient agriculteurs.


L'enquête


L'état des lieux avait révélé que l'assassin, venant à travers champs, avait pénétré dans le jardin qui surplombait la maison, par un mur à moitié éboulé. Un carreau d'une fenêtre, placé de côté, avait été enlevé, et l'auteur du crime, passant la main à travers l'ouverture, avait fait joué l'espagnolette et été entré dans une chambre inhabitée. La porte de cette pièce était fermée à clé, il alluma une bougie, qu'il plaça dans le clivage d'une chaise, et entreprit de pratiquer des trous autour de la serrure, à l'aide d'une tarière. En coupant les intervalles entre les trous à l'aide d'un ciseau à bois ou d'un couteau, il parvint à détacher la serrure fermée et ouvrit la porte. Il laissait, néanmoins, des gouttes de cire à même le sol et sur ses instruments.


Il se dirigea sans bruit ni heurt à travers les pièces encombrées de meubles, ce qui témoignait d'une connaissance préalable des lieux. Arrivé dans la chambre des hôtes de la maison, il les frappa dans les circonstances que l'on sut, pour ne point être dérangé dans sa fouille. Mais les cris de Mme Gaschet interrompirent son méfait.


Les soupçons se portèrent assez rapidement sur un des anciens journaliers de M. Gaschet : François Ernest Didier, homme robuste, connu pour son caractère sournois et brutal, besogneux, privé de toute considération dans le pays et d'une réputation de maraudeur et de voleur, qui habita Brux pendant 7 ans, avant de s'installer à Vaux quelques mois plus tôt.


Interrogé sur son emploi du temps, Didier prétendit avoir quitté son chantier de la Bonvent, le lundi au soir, où il cassait des cailloux, pour se rendre à Brux, puis au village de la Garde où l'appelaient ses affaires. Il était rentré chez lui, à Vaunoir, situé à plus de 7 km, vers 11 heures du soir et s'était couché dans son lit, où dormait déjà son épouse. Le lendemain matin, il devait se lever à 5 h 30 pour se rendre de nouveau à la Bonvent. Toutefois, sa femme, interrogée par la justice, déclara que son mari non seulement avait découché cette fameuse nuit, et qu'elle ne le revit que le mercredi soir. Confronté à ses contradictions, l'homme reconnut que pour ne pas déranger sa femme, il s'était contenté de coucher dans le foin, dans une dépendance de sa maison. Malheureusement pour lui, les gendarmes découvrirent que le foin n'avait pas été foulé et qu'aucun signe de couchage récent ne fut constaté.


Mais ce fut une autre charge qui confondu le coupable. En fait, le mardi matin 6 mars, vers 8 heures et demie, il travaillait à son chantier de la Bonvent, lorsqu'il fut rejoint par le sieur Guillaumet, entrepreneur de travaux, qui l'employait à l'extraction et au cassage de cailloux. Là, le suspect avait fait un récit détaillé de l'attaque de la veille, en indiquant dans le détail que le malfaiteur avait pénétré par une porte de derrière. Or, à cette heure-ci, Didier n'avait pu rencontré quelqu'un au courant des faits. Didier nia avoir rencontré Guillaumet le matin, mais plutôt l'après-midi, lorsque la nouvelle de l'agression des Gaschet s'était répandue dans la campagne. Didier disait l'avoir appris du sieur Braud, mais ni le sieur Braud, ni le sieur Guillaumet, ne donnèrent raison au suspect.


Suite à son arrestation le 8, jour du décès de la victime, son domicile fut perquisitionné le 11 mars. Les gendarmes y trouvèrent, non sans mal, une tarière (portant les inscriptions "Cholet" et "11 lignes"), dont l'accusé reconnut en être le propriétaire. Des taches récentes de bougie étaient apparentes, identiques à celles trouvées à même le sol dans la maison des Gaschet.

Il fallut une étude mené par deux experts, qui reconnurent que cette tarière avait bien été celle utilisée lors du méfait. Elle présentait, en effet, des ébréchures sur l'un de ses couteaux, dont la forme et les dimensions étaient caractéristiques.

Enfin, on s'alarma sur le fait que Didier, de par son métier, avait l'habitude de se servir d'une masse pour casser le cailloux. Hors, c'était bien avec ce type d'objet que les blessures avaient été faites aux époux Gaschet. Lors du procès, on rapprocha l'un de ses masses, trouvées à son domicile, de la main de Mme Gaschet, et on constata, bien qu'il ne s'agissait pas d'une charge accablante, que la masse et la blessure correspondaient.


Dès le premier jour du crime, on avait été frappé par l'attitude du sieur Didier. Il s'était trouvé à la foire de Couhé, le jour où Gaschet avait reçu publiquement une forte somme d'argent. Il se mit à parler de détails du méfait, qu'il n'était pas censé connaître, discutant avec des gens dont il n'était pas particulièrement proche ou apprécié, s'inquiétant même, par exemple, de savoir si on avait trouvé des traces de pas sur la gelée du jardin.


Malgré ces lourdes charges, Didier nia être l'auteur de ce crime. Marié et père de famille, même s'il avait la réputation d'un homme violent et brutal, était un ouvrier laborieux. Toutefois, mésestimé, on lui reprochait d'être l'auteur de nombreux vols dans la région, d'après le maire de Vaux, dont il habitait la commune depuis septembre 1905.


Le procès


Le procès s'ouvrit le 21 novembre au tribunal de la cour d'Assises de Poitiers, présidé par M. Masquerier, conseiller à la Cour, assisté de MM. Chateignier et Pallu. L'accusation fut portée par l'avocat général Marquet, tandis que le défense était assuré par Me Georgel.


54 témoins furent cités à comparaître durant celui-ci, tant du côté de la défense, principalement des témoins de moralité :

  • MM. Dastre fils, camionnier à Chez-Coudret de Brux et Alexandre Guillet, cantonnier à Massé de Chaunay, ne connaissaient pas très bien l'accusé ;
  • M. Henri Giraud, charron, rue Champagne, à Poitiers,
  • MM. Gabriel Beau, propriétaire à la Garde de Brux, Dury, journalier au même lieu, Victor Leblanc, propriétaire à Brux, Alexandre Dubois, chef cantonnier sur la ligne d'Orléans, à Poitiers, Joseph Allain, rentier à Vaux, Maximin Vincent, cultivateur à  la Tonnelle de Vaux, Célestin Nicouleaux, cultivateur à Guéfait de Vaux, Pasquinet, marchand de bois à Pannière de Chaunay, Louis Gobain, propriétaire cultivateur à la Garaudière de Vaux, Alexis Chartier, instituteur à la Trimouille, puis directeur d'école à Montmorillon, Auvin, propriétaire aux Renardières de Rom, Jean Guichard, marchand de bois, à Lépinier de Vaux, furent essentiellement appelés à la barre pour déclarer n'avoir « rien à reprocher à l'accusé » ;
que celui de l'accusation :
  • M. Théophile Roy, maréchal des logis de gendarmerie à Couhé, fut celui qui fut informé du méfait et qui conduisit l'enquête ;
  • MM. Ferdinand Fouet et Jean Pedron, gendarmes à Couhé, furent chargés d'interroger Didier. Il auditionna notamment la femme Didier, qui, après lui avoir menti pour couvrir son mari, revint sur ses déclarations. Ils saisirent au domicile de Didier une tarière portant des traces de bougie sur la poignée et des traces rouges sur le pas de vis ;
  • docteur Tabakian, à Couhé, fut appelé aurpsè des blessés auxquels il donna les premiers soins ;
  • docteur Périvier, à Civray, procéda aux constations médico-légales et à l'autopsie de Gaschet ;
  • Mme Rosalie Mironneau, veuve Gaschet, rentière à Sommières-du-Clain, bien que convoquée, ne put se présenter au tribunal, au prétexte que son état de santé ne lui permettait pas ;
  • Augustine Foucher, domestique à Sommières, chez M. Lucquiaud, gendre de Mme Gaschet, était lors du crime la domestique du couple Gaschet. Le 9 décembre 1905, vers 9 heures du soir, cette jeune fille avait aperçu un homme dissimulé dans le jardin de ses maîtres, qui s'était enfui à son appel. Les époux Gaschet, ayant pris peur, avait fait fermer les fenêtres donnant sur ce jardin. C'est également elle qui avait constaté l'absence d'un carreau à l'une des fenêtres, dix jours avant le crime ;
  • M. Aristide Masson, maréchal à Brux,
  • MM. Léger Maurice, professeur à l'école de médecine de Poitiers, René Belaud, charron à Civray, Louis Chagnaud, serrurier à Civray, Ernest Sauroy, mensuisier, 10 boulevard Solférino à Poitiers, et Vignaud, serrurier, rue de la Cathédrale, à Poitiers, furent les experts en charge de caractériser la fameuse tarière découverte chez Didier. Ils se confrontèrent au procès, n'arrivant pas à faire l’unanimité entre eux. La polémique vint de M. Sauroy, qui, aux Assises, devant les jurés, déclara qu'il ne s'agissait pas de la tarière qu'on lui avait confié précédemment à son examen, le 2 août. Vignaud et Chagnaud, n'hésitèrent pas le contredire et Sauroy, la mine désolé, finit par avouer s'être trompé. On arriva enfin à la conclusion que la tarière de Didier, présenté devant les jurés, était "presque"certainement celle qui a servi à faire les trous dans la porte des Gaschet, mais cet incident faisait le beurre de la défense ;
  • M. Charles Mulard, négociant en tissus à Civray, avait constaté que les rideaux des Gaschet avaient été déchirés, et non coupés, certainement par l'accusé lorsqu'il fut surpris par le réveil de la dame Gaschet ; 
  • M. Auguste Vétault, cultivateur à Brux, avait rencontré Didier la veille du crime, qui lui avait indiqué qu'il allait coucher à la Garde ;
  • selon Pierre Desouches, sans profession, de Brux, Didier devait ignorer la présence de la bru des Gaschet le soir du crime ;
  • à Mme Marie Rocher, veuve Desouches, de Brux, Didier avait demandé des nouvelles des Gaschet, la veille du crime ;
  • Mme veuve Petit, épicière à la Garde de Brux, eu la visite de Didier le 5 mars au soir, vers 7 heures. Il portait des sabots, et malgré une invitation de l'hôtesse, il préféra dîner, dit-il, chez son beau-père au Peux. Finalement, il se ravisa et, comme il était tard, il lui dit qu'il irait plutôt chez lui, à Vaunoir ;
  • Mme Marie-Clémentine Lamy, femme Didier, sans profession, à Vaux, épouse de l'accusé ;
  • Mme veuve Foucher, sans profession, à la Vaunoir de Vaux, voisine de l'accusé, ne l'a point entendu rentrer le soi du crime ;
  • Mme Hérault, rentière et ménagère au même lieu ;
  • M. Alphonse Guillon, domestique à la Martinière de Rom, avait rencontré l'accusé le matin du crime. Celui-ci lui avait dit qu'une bande de "gens sans aveu" parcourait le pays ;
  • M. Pierre Cartais, propriétaire  cultivateur au Roty de Brux ;
  • M. Chéri Guillaumet, entrepreneur à Chaunay, était l'employeur de l'accusé ;
  • M. Louis Braud, domestique à Brux, 26 ans, apprit, dit-il, le crime de la bouche de Didier dès le matin même, ce que nia l'accusé ;
  • M. Auguste Morisson, domestique à la Raffinière de Brux, avait vu Didier venant dans la direction de la Vaunoir, le 7 mars vers 6 heures et demi du matin ;
  • M. François Beau, cultivateur au Roty de Brux, confirma les déclarations du précédent témoin — « Ce n'est pas vrai » dit Didier ;
  • M. Léon Vétaux, cantonnier au Peux de Brux, rencontra l'accusé vers 7 heures un quart entre le Peux et Brux, et Didier lui avait demandé des nouvelles des Gaschet ;
  • M. Philibert Gaschet, receveur de l'enregistrement à Thouars, fils des victimes, déclara au procès : « Quand j'arrivai, la rumeur publique indiquait Didier comme l'auteur du crime. Mon père était très bon pour lui. Didier vint le 7 mars au main, voir mon père avant sa mort. Il resta environ à deux mètres de distance, alors que les autres venaient serra la main du mourant. En regardant la déchirure du lit, l'accusé fit remarque que l'assassin devait être très grand. Je l'ai examiné très attentivement tet lui ai trouvé  une attitude très embarrassé ». Son épouse quant à elle, Marie-Justine Desouches, se trouvait chez ses beaux-parents le soir du crime ;
  • M. Delphin Gaschet, propriétaire à Neuville-de-Poitou, autre fils des victimes, confirma les déclarations de son frère ;
  • Mme Berthe Gaschet, épouse Lucquiaud, à Sommières, fille des victimes, constata également la distance qu'avait pris Didier lorsque celui-ci était venu son ancien employé mourant, alors que tous les autres visiteurs l'approchaient ;
  • M. Pierre Rogeon, fermier à Estivault de Romagne, était avec Didier lorsque celui-ci rendit visite au mourant. Didier, semblait-il, était plus intéressé aux traces laissées par le malfaiteur, que par la victime elle-même ;
  • M. Aristide Baritaut, maréchal à Brux, fut témoin de l'échange entre Didier et Pierre Motillon, qui avait accusé ce dernier d'être l'auteur du crime ;
  • M. Pierre Motillon, cultivateur à Brux, avait interpellé Didier le lendemain du crime, et lui aurait dit ! « Est-ce toi qui as tué M. Gaschet ? — Non, lui avait répondu Didier, car je l'aimais trop pour cela » ;
  • Mme Louise Alligné, femme Bonnin, à Brux, s'entretenait du crime avec Didier, et celui-ci lui aurait déclaré que « les coups ont dû être portés avec un marteau ou une masse » et que « celui qui a frappé Gaschet devait être grand parce que les rideaux ont été déchirés près du ciel ». Didier confirma peu ou prou ses paroles, et déclara qu'il avait lui même mesuré, en levant la main, la hauteur de la déchirure, en rendant visite au mourant. Delphin Gaschet, rappelé à la barre, nia que Didier avait approché d'aussi près le rideau et le lit du mourant qui se trouvait à côté ;
  • M. Pierre Millet, cultivateur à la Pérauche de Brux, était avec Didier, le 10 mars, et ils discutaient ensemble du crime. Didier, pour lui expliquer, lui fit un plan de la disposition sur le sol, avec son couteau — « C'est faux ! » dit Didier, mais le témoin était formel. Didier aurait ajouté que « si j'avais voulu voler Gaschet, je l'aurais pu vingt fois... Je connais la maison très bien. Je sais où Gaschet met son argent... D'ailleurs, il avait très peu d'argent chez lui, je l'ai vu l'autre jour sortir de la poste avec son livret de caisse d'épargne à la main » — « Le témoin ment » indiqua Didier. Pourtant, le témoin n'en démord pas. De plus, c'est par Didier que Millet apprit l'existence d'un carreau manquant à l'une des fenêtres, ainsi que l'utilisation d'une tarière pour forer la porte autour de la serrure, ce que Didier n'aurait certainement pas dû savoir. Enfin, Millet avait également remarqué, le 10 mars, que Didier était blessé à la main gauche, ce que l'accusé reconnut, toutefois, affirma-t-il, cette blessure était due à un éclat de pierre ;
  • M. Jean Toulat, propriétaire aux Bernards de Couché, affirma que lui appartenait un coup-foin que Didier prétendait avoir découvert sur la route. Le témoin affirma pourtant qu'il lui avait été pris chez lui. Me Georgel, à ce stade du procès, s'irrita contre le témoin. Il accuse l'accusation de faire venir à la barre des témoins qui déposaient à l'occasion de vols dont l'accusé n'avait pas à répondre, n'étant pas l'objet du procès. Ce témoin, répliqua le président, était un témoin de moralité, qui ne devait témoigner que de moralité de Didier ;
  • M. Alexandre Vétaux, propriétaire au Grand-Vion de Brux, autre témoin de moralité, n'était là que pour imputer un autre vol à l'accusé : une scie, que Didier affirmait avoir acheté à Couhé ;
Nous en étions alors au deuxième jour du procès. Ce 22 novembre, en deuxième séance, l'audience ouvrit à 1 heure et demie. Le prétoire fut littéralement envahi, les sentinelles débordées, et on se croyait revenu aux jours de l'affaire Monnier. Didier n'apparaissait pas fier d'avoir attiré une foule pareille au Palais. Complètement abattu, il attendait le verdict.

De nouveau, on entendit les experts qui ne s'étaient pas tous trouvé unanimes au sujet de la tarière, histoire de ne pas laisser de doute, suite à l'incident Sauroy de la veille. Finalement, on réitéra l'annonce : c'était bien la tarière de Didier qui avait causé les perforation dans la porte des Gaschet. Me Georgel était abattu : il avait demandé l'avis d'un expert de la Faculté, ce qui lui avait été refusé. Le président de la cour lui avait indiqué, en guise de réponse, que des experts étaient mieux placés qu'un professeur pour répondre aux interrogations des jurés. — « Je m'incline... » dit Georgel.

Le réquisitoire de Me Marquet fut marqué par une vive émotion. Il avait le devoir de justice social à remplir et il n'était pas l'avocat de la famille Gaschet, dont l'un des membres leur avait été arraché. Il était l'avocat de tous, l'avocat de la vie humaine, l'avocat de la liberté ! Il termina un dur réquisitoire envers Didier, parlant des soupçons contre lui, des propos que l'accusé avait tenu, et des preuves irréfutables l'accablant, et réclama du jury un verdict sévère.

La plaidoirie de Me Georgel fut tout aussi émouvante, parlant d'un homme dont tout accable, ainsi que l'honorabilité d'une victime, dont le ou les assassins restent inconnus. Il tendit à prouver que les charges contre son client restaient flous, tant l'endroit où il passa la nuit du 5 au 6 mars, qu'aux traces laissées sur la tétière de la serrure et des trous constatés sur le chêne de la porte fracturée. Devant les incidents de la veille, il estimait que la tarière de Didier n'avait pas été formellement identifié comme étant celle qui avait servi à l'effraction. Un incident vint marquer la fin de sa plaidoirie. Alors que Georgel donnait lecture à un rapport rédigé par M. Bellot, charron, qui venait contredire la conclusion des experts, le président lui fit observer que, dans sa conclusion, Georgel avait sauté un mot, et ainsi, la phrase qu'il avait lu avait pris le sens contraire de ce qui était écrit. Me Georgel démentit le non-sens de la phrase : peu importait comment on lisait la phrase, ce rapport venait contredire les charges retenues contre son client !
Vexé, le président appela ledit Bellot à la barre, qui avoua avoir donné à sa phrase, par inadvertance, le sens opposé à ce qu'il voulait donner. — « Je suis charron, je vais vous faire des trous... donnez-moi une planche... », histoire d'avouer que toute cette paperasserie le dépassait. On rit dans la salle. L'avocat de la défense se plaignit du président, menaça de quitter l'audience —  « il s'agit de la tête d'un homme, en ce moment, il ne faut pas l'oublier ! ». Son interlocuteur s'inclina, s'excusant et invitant Me Georgel a continué —  « je suis trop respectueux des droits de la défense pour me permettre de vous interrompre, maître, sans utilité réelle... J'aurais pu bien des fois déjà vous faire quelques petits observations, je m'en suis gardé... Mais ici vraiment, il y avait nécessité, me semble-t-il, à signaler une erreur aussi grossière que celle commise par M. Bellot, L'incident est clos, vous avez la parole ». L'avocat reprit. L'accusé, semblait-il dire, l'était tout au plus par sa réputation de maradeur. Or, jamais pourtant le moindre plainte contre lui fut déposé en gendarmerie. C'est pourtant Me Georgel plaida pour l'acquittement, pur et simple.

Le verdict

Après une demie-heure de délibérations, les jurés apportèrent un verdict affirmatif sur les deux questions principales portées contre l'accusé, avec admissions toutefois de circonstances atténuantes. La cour condamna Didier à 20 ans de travaux forcés. Elle le dispensa toutefois de l'interdiction de séjour.

Didier, Gaschet, et moi !

Auguste Gaschet, victime de ce crime, fils de Jean et d'Adélaïde Aimé, naquit le 7 décembre 1829 à Champagné-Saint-Hilaire. Il avait épousé, le 6 octobre 1852, à Brux, Rosalie Eugénie, née le 15 novembre 1834 à Brux, fille de Pierre François et de Marie-Magdeleine Didier. De leur union, étaient nés :
  1. Philbert Lucien Gaschet, né le 22 août 1853 à Brux, et était receveur d'enregistrement des domaines et du timbre à Goderville, en Seine-Maritime, lorsqu'il épousa, le 6 novembre 1888, à la Chapelle-Bâton, Marie-Justine Desouches. Au moment du crime, il exerçait la même profession à Thouars (Deux-Sèvres) ;
  2. Marie-Eugénie Adélaïde, née le 18 mai 1856 à Brux et morte au même lieu le 16 septembre 1858 ;
  3. Auguste Eugène, né le 12 janvier 1860 à Brux et décédé le 21 janvier 1864 au même lieu ;
  4. Marie-Berthe, née le 22 juillet 1862 à Brux, épousa, le 18 octobre 1886, audit lieu, Auguste Lucquiaud, propriétaire à Sommières, fils de Jacques et d'Alexandrine Touron ;
  5. Pierre Hippolyte Delphin, né le 9 septembre 1869 à Brux, était, en 1906, propriétaire à Neuville-de-Poitou, et fut l'époux de Jeanne Marie Angèle Rachel Brault ;
François Ernest Didier, fils de Louis et de Marie Chassard, naquit le 7 décembre 1873 à Vaux. Il épousa, le 24 octobre 1893, à Brux, Marie-Clémentine Lamy. Au moment du crime, il avait donc 33 ans.

Dans l'immense buisson de la vie, il apparaissait peu probable le fait suivant : à savoir, que les deux victimes, Auguste Gaschet, Rosalie Mironneau, leur agresseur François Ernest Didier, et votre serviteur (moi, hein), sommes liés par un grain du destin, disons plutôt par un ancêtre en commun, François Didier, époux de Perrette Mironneau, dont la descendance se répandit autour de la paroisse puis commune de Vaux. Rosalie Mironneau est même descendante plusieurs fois de cet aïeul commun, dont toute l'histoire n'est cependant pas encore écrite. Un exemple (ci-dessous) vous permettra de vous faire une idée :


Impressionnante ironie du destin !



Sources :

  • La Semaine, 11 & 19 mars, 25 novembre 1906 ;
  • Archives départementales de la Vienne ;