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mardi 30 avril 2013

Zoologie lupestre

Y es-tu ? Le loup de Bourbon-l'Archambault (Allier)


Une petite histoire zoologique (parce que, hein, le Z, ça fait pas vraiment poitevin), qui me vient d'un cousin généalogique, Daniel, qui la tient de M. Bartoux (et je vous en remercie tous les deux). Je sors quelque peu du Poitou natal pour m'orienter vers un secteur que j'ai bien connu, pour y avoir vécu quelques années.


Une petite histoire qui se passe en 1738 :

AD en ligne, Bourbon-l’Archambault, BMS 1692-1740, vue 1015/1078
Le même jour et an que dimanche de la quinquagésime seizième febuvrier a été inhumé dans le cimetière damiens ridet, fils de jacqus ridet, fandeur en la loge des vesvres dépendante de la mothe et de marie aneler ses père et mère, décédé hier en l’hôtel dieu de cette ville, agé d’environ douze ans et quatre mois et munis de tous les sacrements. Thazellet, curé.
Observation, explication de l’accident :
Le lundy vingtième janvier dernier environ le neuf heures du matin ledit damien ridet étant alles a une petite mauvaise fosse derrière leur logé, son père étant dedans ladite loge, l’entendit qu’il crioit mon père, mon père, son dit père étant sorti pour aller a luy, il vit un loup qui le tenoit entre ses jambes, qui le dévoroit, son père se jetta sur le loup et le saisi au travers du corps et le loup pour le de prendre de sa gueule.
Ledit loup se jetta sur ledit père et luy dévorat une main et luy fit plusieurs autres morsures a la teste et sur les autres partyes du corps, et ledit loup le laissa après un coup de fusil qui fut tiré sans blesser ledit loup, qui en continuant sa fuite rencontra en son chemin un coupeur de bois nommé françois thibault dit colas, se jetta sur luy n’ayant rien pour se défendre, le dévorat, luy ayant mangé les mains, emporté, déchiré le visage, partye de la teste ou téguments. Ces trois personnes furent conduites et ammenés à l’hotel dieu ou ils ont été traités longtemps et sont gueris a l’exception dudit damiens ridet, et qui avoit été mordu et dévoré le premier, qui est mort, comme cy dessus est dit. Ledit loup fut tué a coup de cognié dans ledit bois des vesvres par les auprains, frères, quoyque mordus aussy, ils nont point encore de mauvaises suites.

Merci.

lundi 29 avril 2013

Yves, 16 ans et demi (1930)

Habitué au Poitou natal, je me transporte par delà les lieux et je vous entraîne à ma suite pour vous emmener vers Saint-Nazaire, pour une histoire qui s'est déroulée en 1930 et qui concerne un parent, un drôle de garçon.




L'Ouest-Éclair, édition de Nantes du 31 mai 1930, annonce un petit fait divers : la veille, M. Émile Le Thiec, peinte à la Châtaigneraie, hameau de Saint-Nazaire, découvrait qu'un cambrioleur s'était introduit chez lui en profitant de son absence. Une fouille des meubles et tiroirs avait laissé un désordre indescriptible. Sautant sur sa bicyclette, il avait aussitôt prévenu la gendarmerie. C'était le prélude à une fantastique aventure de roman-ciné.


C'est une maison tout au bout du chemin de Sautron. Au rez-de-chaussée d'une maison toute neuve, coiffée d'ardoises, Ker-Yves Florance donne asile à la famille Coulonnier. Le mari est employé au service de la répurgation de la ville de Saint-Nazaire. La femme, malgré une santé chancelante, lave le linge des familles riches des alentours. Un seul fils : Yves, 16 ans de demi.

Dorloté par ses parents, Yves dévore en secret des romans policiers. Pour lui changer les idées, on décide de l'envoyer à Cholet chez des amis. Tout sa famille le croit parti, alors qu'on l'aperçoit dans les bals de Saint-Nazaire.

Qu'est-ce qui le pousse à se rendre à la Châtaigneraie, le vendredi 30 mai ? Nul ne le sait.

Il s'introduit dans la maison de M. Le Thiec, pourtant réputé pour ne pas être très riche, et vole un revolver, trois cartouches, une montre et un diamant à couper le verre.

Nul ne sait ce qu'il fait, cette nuit-là. Toujours est-il qu'il se présente, le lendemain, chez Mme Merreau, marchande de poissons. C'est un brave femme, que tout le monde connaît à Saint-Nazaire, et qui a le coeur sur la main. Elle connaît le petit, et lui dit, en l'apercevant :

— Comme tu es pâle ! Serais-tu donc malade ?
— Non pas, lui répond le jeune homme. Je reviens de voyage, j'étais à Cholet ; en arrivant à Sautron, j'ai trouvé porte close, mes parents sont partis aux Sables d'Olonne. Alors je me promène en attendant leur retour.
La marchand l'invite chez elle et lui offre le café avec une tartine de beurre.
— Dépêche-toi d'avaler cela, lui dit-elle, il faut que je parte au marché.
Le jeune homme obéit, puis sort et s'enfonce dans la campagne. La marchande part pour le marché, mais Yves revient sur ses pas. Avec le diamant, il coupe une vitre d'une fenêtre du logement de Mme Merreau, pénètre dans l'appartement et bouleverse tout. Il trouve, dans une armoire, 15000 francs.

Yves se rend ensuite à Villès-Martin, chez M. Le Gall, qui tient le restaurant « Mon Idée ». Il commande un copieux déjeuner, retient une chambre pour deux jours et s'en va vers Saint-Nazaire où il achète quelques menus objets, dont une montre-bracelet de forte valeur.

Le jeune homme, revenu à « Mon Idée », gagne sa chambre et rencontre Marguerite, la fée des lieux. Il ne peut s'empêcher de lui montrer ses achats. Celle-ci a des doutes, en parle au tenancier, dont l'établissement est fréquenté par une multitude de gens de tout horizon. Justement, voilà Mme Merreau qui passe : cette dernière lui avoue avoir découvert sa maison cambriolé, après son retour du marché. Tout de suite, M. Le Gall soupçonne le jeune homme du forfait et préviens les gendarmes, déjà en alerte par le vol de la veille, chez M. Le Thiec.

C'est l'adjudant Bouron, commandant par intérim la brigade de l'arrondissement, qui est averti que le présumé voleur se trouve à « Mon Idée ». Aussitôt, une voiture emmène une dizaine de gendarmes et trois gardes républicains, qui, arrivés sur les lieux, prennent position autour du cabaret. Ils ne sont pas discrets, car le jeune homme les aperçoit de sa fenêtre : il saute du premier étage dans le jardin, jette — sans être remarqué — ses objets de valeurs et 2000 francs dans une bouche d’égout et disparaît.

Il court, Yves, il court !

Les gendarmes retrouvent les objets jetés, on se masse dans le souterrain qu'on explore, en vain. Le jeune homme n'est pas là-dedans : il a tout simplement traversé deux ou trois jardins privés avant d'arriver à la villa la « Pomponette », propriété de Mme Goss et occupée par M. et Mme Guengan, d'anciens tenanciers.

L'apprenti malfrat pénètre dans la maison et referme la porte sur lui. Il s'installe comme chez lui, fouille les meubles, vole quelques centaines de francs et déniche quelques victuailles et deux bouteilles de champagne. C'est parce qu'il s'attarde sur ces délices qu'il est surpris par les locataires, arrivant vers 13h30.

Mme Guengan s'aperçoit que sa porte est fermée de l'intérieur. Elle demande à son mari son revolver et tire trois coups en l'air. Le mari — penaud sans doute — court vite avertir les gendarmes, qui eux, gardaient toujours la bouche d'égout, quelques pâtés de maison plus loin. On cerne très vite la maison.

En sortant de la villa « Pomponette », le garçon est complètement éméché par l'alcool qu'il a consommé. Avec l'agilité d'un chevreuil, il saute par-dessus le mur de clotûre de la villa et tombe dans la ruelle des Marronniers. Les gendarmes sont là, mais n'osent intervenir. Ils se tiennent quand même aux aguets, le garçon est armé !

Soudain, tel un vieillard d'un conte de l'Antiquité, le grand-père du garçon — sans doute averti par les gendarmes était-il venu sur les lieux — se précipite sur son petit-fils comme pour venir lui reprocher ses forfaits. Yves prend peur, attrape le revolver et avant même qu'on puisse l'en empêcher, se tire une balle dans la tête.



samedi 27 avril 2013

Xylopentaxophile

Tout d'abord, merci à Sophie pour ces défis d'Avril, il a fallu faire vite et réfléchir. Moi-même, j'ai du mal à pondre un article par mois, alors 26 !

Qui plus est, avec l'alphabet comme fil rouge... Arrivé au X, j'ai un peu craint pour ma santé mentale...

Bon.

Très bien.

Et pis je suis tombé sur ce terme : Xylopentaxophile.

Qué sa quo ?

D'après wiktionnaire, donc, c'est un terme théorique qui désigne un collectionneur de gibet, de billot de décapitation ou d'un instrument de torture en bois.

Ben, par extension, ne pourrait-on pas l'utiliser pour désigner ceux qui collectionnent les histoires sordides d'affaires criminelles passées ?

Bouge pas, j'appelle l'Académie Française...

Naan... Je plaisante.





Alors voilà un petit aperçu des bases criminelles, que je me permets de reprendre :
Si vous-mêmes tenez un blog ou connaissez un blog qui traitent de tels sujets (chercheurs de mauvaises graines), je suis preneur pour l'ajouter à cette liste.



Sur ce, deux livres que je recommande, concernant plus particulièrement la Vienne :

Les bagnards de la Vienne, par Michèle Laurent, publié par la Société de Recherches Archéologiques du Pays Chauvinois, 2008, que Gloria m'a fait découvrir (merci, merci !) ;

et celui-là :

Les Grands Affaires Criminelles de Poitiers, par Jean-Marie Augustin, chez Geste Éditions, 2006, qui m'a fait découvrir le destin tragique de mon cousin Jean-Baptiste Cuirblanc.





vendredi 26 avril 2013

Wagon mortel à Poitiers (1899)

AD en ligne, cartes postales
On lit dans le Journal de la Vienne, des Deux-Sèvres et de la Vendée, Gazette des provinces de l'Ouest, édition des mardi 26 et mercredi 27 septembre 1899, n°225 :

Décidément, nous sommes dans une noire série ; les accidents mortels se succèdent à Poitiers avec une désolante rapidité. C'est ainsi qu'hier dimanche après avoir assisté aux obsèques du lieutenant Ménard, décédé dans les conditions que l'on sait, nous apprenions que la gare de Poitiers venait d'être le théâtre d'un affreux malheur survenu dans les circonstances suivantes.
Le train de marchandises n°2 124 venant de Saint-Sulpice-Laurière arrivait en gare à six heures cinquante-cinq minutes. Comme tous les convois de ce genre, celui-ci était aussitôt dirigé sans arrêt sur une voie spéciale, légèrement inclinée, et établie à quelques mètres de la porte de Paris. Là, les wagons devaient être lancés sur les diverses lignes qui longent la gare des marchandises.
M. Auguste Pissard, chauffeur de ce train, se conformant aux règlements, courut placer son falot à l'arrière du convoi ; puis il remonta sur sa machine tandis que celle-ci opérait un mouvement de recul.
Le malheur voulut que le cordon reliant le conducteur à la locomotive n'avait pas été enlevé. Pissard descendit donc pour le ramasser. Et c'est au moment où cet employé, accroupi sur le sol, procédait à l'opération, qu'il fut tamponné par le train de voyageurs n°885 de la Compagnie de l'Etat lequel, venant de Parthenay, arrivait à Poitiers à 6 heures 58.
Pissard fut projeté sous sa machine ; quand on le releva, son corps était réduit en bouillie ; les intestins sortis du ventre gisaient sur la voie.
L'infortuné Pissard avait été surpris par le train de l'Etat ; celui-ci ne circule, d'habitude, que les mercredis, mais il avait été mis en marche dimanche à l'occasion du concours de Parthenay.
La victime de cet épouvantable accident était âgée de 45 ans.
Pissard habitait le quartier des Mont-gorges, était marié et père de quatre enfants.
C'est à M. le chef du dépôt qu'est incombé la triste et délicate mission de prévenir la famille du défunt.
M. Bernardini, commissaire spécial de police, assisté due M. le docteur Comte, a procédé aux constatations légales ; puis les débris humains ont été transporté à l'Hôtel Dieu.

jeudi 25 avril 2013

mercredi 24 avril 2013

Ufologie poitevine

Il est né le 7 avril 1909, à Payroux (Vienne), du mariage d'AUGUSTIN GRUGEAU, et de MARIE-JULIETTE VERGEAU. Ses parents lui donnèrent les prénoms de ROBERT JOSEPH.
Fils de facteur, il commence dans la vie active comme surnuméraire aux PTT en 1927, se marie, en 1930, puis, finalement, quitte son poste en 1943 pour se consacrer à sa passion. Il publie huit ouvrages de fiction (entre 1942 et 1946) sous le pseudonyme de ROBERT SAINT-SAVIOL, puisant ce nom dans celui du village qui a vu mon père et mon grand-père naître. Puis il se lance dans des scénarios de bandes-dessinées de science-fiction, qui aboutiront à la création du personnage d'Atomas.
C'est aussi en 1942 qu'il se choisit un nom de plume (qu'il prendra définitivement à partir de 1962), inspiré lui-aussi d'un village du sud de la Vienne, qui sera son lieu d'habitation : ROBERT CHARROUX.


un Dogū, considéré par
certains comme
des statuettes
d'anciens astronautes
Après la guerre, il s'oriente vers le journalisme et devient photo-reporter. Il refuse la routine : à l'origine de l'office du tourisme de Charroux dans les années 1950, il fonde en 1956 le Club International des Chercheurs de Trésors, puis publie son premier best-seller en 1962 sur les trésors du monde. Il fut champion d'athlétisme (400 m), plongeur sous-marin, chercheur de trésor, globe-trotter, journaliste, archéologue, producteur à la RTF du Club de l'insolite. etc.

A travers ses recherches, il pressent qu'une vérité cachée existe quant aux origines de l'humanité. Il passe les dernières années de sa vie à publier des essais, bâtissant la théorie des "Anciens Astronautes". Il s'éteint le 24 juin 1978, à Charroux.

Un petit mot sur ses théories, souvent attribuées à Erich von Däniken : d'après lui, quelques artefacts anciens ou de signes montrent qu'il a eu, dans une époque très ancienne, un contact entre l'humanité et une civilisation extra-terrestre. Après ses derniers écrits, il connut une renommée mondiale, parmi notamment tous les chercheurs autodidactes et les amateurs d'ésotérisme.

On adhère, ou pas.


Peintures rupestres de Val Camonica,
représentant des "visiteurs extraterrestres"
Personnellement, je suis un peu sceptique, même si ça demande à se vérifier. Je suis tout de même assez fier de compter parmi mes cousins cette célébrité locale : 13 couples en commun au dernier comptage (la filiation ci-dessus est l'une parmi d'autres).




Source : notamment la page Wikipédia de Robert Charroux.

lundi 22 avril 2013

Sébastien

Aujourd'hui, un petit billet d'humeur.

On cherche souvent — emême parfois toujours — l'origine de son patronyme, ce qui est, en tout cas, mon cas.

Pourtant, aujourd'hui, examinons mon prénom.

Ceux qui sont habitués aux recherches dans le Poitou ne me contrediront probablement pas, Sébastien y est un prénom plutôt rare, les siècles passés.

Sébastien est un prénom d'origine grec, qui signifie « vénéré ».

Il fut choisi pour traduire le titre romain « Auguste », notamment en Russie. D'après Wikipédia, au début de 2010, près de 300 000 personnes portaient le prénom Sébastien en France. C'est le 34e prénom le plus attribué au XXe siècle dans notre pays, et l'année où il a été attribué le plus est 1977, avec un nombre de près de 20 000 naissances :

Source : archives Wikipédia
Aussi curieux que cela puisse paraître, ce prénom a également été donné aux filles :


Source : archives Wikipédia



A ce propos, savez-vous ce qu'est un prénom épicène ? Il s'agit d'un prénom mixte (qui désigne aussi bien un garçon qu’une fille), tout en s'écrivant exactement de la même manière (homographie). Mettons, par exemple, le prénom de ma fille aînée, Camille, que l'on retrouve également porté par des hommes (un cousin germain de mon grand-père, Camille Gourdon, par exemple).
Un jour, je reçus un message d'une correspondante via geneanet. Cette dame me disait que j'avais fait erreur sur mon arbre concernant une ancêtre en commun. Je ne sais plus laquelle, je me demande s'il ne s'agissait pas de Philippe Boutant, que j'ai évoqué dans mon enquête sur François Hollande. Elle me proposait de nommer cette aïeule Philippa, choquée de l'utilisation du vrai prénom. Et bien non ! lui dis-je. C'est bien Philippe, car c'est un prénom épicène.
Voilà une courte liste de ces prénoms qui me viennent en tête, il y en a sûrement beaucoup d'autres :
  • Camille, donc,
  • Philippe, évidemment (par exemple, Philippe de Toulouse),
  • Anne, on ne le sait peut-être pas (par exemple, Anne de Montmorency),
  • Dominique,
  • Sacha,
  • Marie, surtout utilisé en deuxième prénom,
  • Hilaire, patron du Poitou, qui peut désigner aussi bien un homme qu'une femme.
Fin de la parenthèse.



La série télévisée « Belle et Sébastien » ne fut pas étrangère à ce choix chez les jeunes parents (qui étaient enfants ou adolescents lors de la diffusion de cette série, à partir de 1965, puis en tenant compte des multi-rediffusions). Personnellement, ce fut le cas.



Mes parents poussèrent la mollette à fond en attribuant à notre premier chien le nom de « Belle » :

Belle et Sébastien (version Châtelleraudaise)
Enfin, bref...

Je me suis pris à faire quelques statistiques, l'outil informatique aidant. Ainsi, sur mes 3333 ancêtres tout rond, dont à peu près la moitié appartient à la gente masculine, je me retrouve avec seulement 3 aïeuls portant mon prénom, dont deux s'inscrivent dans l'ascendance de mon ancêtre Angelina Ribardière, de Saint-Martin-l'Ars (Vienne) :


Le troisième, Sébastien Touron, est un ancêtre paternel. Né vers 1664, il fut le fils de Jean et de Marie Gratteloup, de la paroisse de Blanzay (Vienne) et l'époux de Magdeleine Fournier. Pour la petite histoire, je suis également descendant de son frère, Louis Touron.


Pour conclure sur ce billet d'humeur, je vous livre un acte de baptême, qui m'a toujours fait froid dans le dos, qui semble me parler par delà les siècles, à Château-Garnier (Vienne) :

AD en ligne, Château-Garnier, B - 1638-1646, v.32/53
Le vendredy 31 janvier 1642 a esté baptisé en l'église de céans par moy recteur dudit lieu jehan fils de sebastien pissard vaisselier & de anthoinette philippon son epouse a eu pour parrain jehan arnault fils de pierre arnault et pour marraine françoise rousseau fille de maurice rousseau tous paroissiens de ceans...

samedi 20 avril 2013

Refroidissement climatique

Il est curieux de mettre en opposition l'actualité, avec le réchauffement climatique et la polémique sur les micro-ondes des antennes téléphoniques, et ce qui se passait à la fin du XIXème siècle, avec ce qu'on pourrait appeler le "refroidissement climatique"...




On lit dans le Journal de la Vienne, édition du 28 mars 1878 :

La déplorable température dont nous jouissons depuis quelques jours, et qui prouve le désarroi définitif de l'ancien système des saisons, ne date pas de ces dernières années seulement.
Il y a vingt ans M. Babinet, notre compatriote, le célèbre et facétieux astronome, constatait déjà ce bouleversement qui introduit l'hiver dans le printemps et vice versa ; et il l'expliquait de la façon suivante : selon M. Babinet une cause essentielle de ce carnaval des saisons était la multiplication des lignes de fer sur toute l'étendue du territoire français : par lignes de fer M. Babinet entendait non seulement les lignes de chemins de fer, les rails, mais encore les fils télégraphiques.
Ces lignes, ces fils, couvrant, sillonnant la France dans toute son étendue et dans tous les sens, auraient d'abord modifié, puis progressivement transformé les conditions atmosphériques, en créant des courants électriques nouveaux.
M. Babinet soutenait très sérieusement cette théorie, qui, après tout, n'est pas plus déraisonnable que beaucoup d'autres.
Mais, si elle est juste, grâce à l'invention du téléphone qui incessamment va multiplier le nombre de fils de fer, il faudra porter des fourrures en plein mois de juillet.
On ne saura jamais ce que le progrès coûte de fluxions de poitrine.

mercredi 17 avril 2013

Ovidés volés (1882)

Le 10 janvier 1882, au matin, le sieur Audebert, fermier au village des Cartes, commune de la Villedieu-du-Clain (Vienne), s'apprête à amener ses bêtes au champ lorsqu'il découvre qu'on lui a volé 30 moutons, sur les 38 qui composent son troupeau.

Le brigadier de la gendarmerie de la Villedieu se met aussitôt en quête du malfaiteur. Son intelligence et son pugnacité ne tarde pas à la mettre sur la piste de Charles Bellebeau, fermier de Gizay, qui habite à 3 kilomètres d'Audebert : après avoir suivi les traces laissées par les animaux, le gendarme retrouve chez Bellebeau 18 moutons provenant du troupeau disparu. Les 12 bêtes manquantes viennent juste d'être vendues à la foire de Couhé.

Bellebeau craque devant le tribunal et avoue son larcin. Il ne pensait pas à mal, mais se devait de nourrir ses six enfants, qui en étaient à la veille de mourir de faim. Au terme d'un procès au correctionnel, il est condamné à 13 mois d'emprisonnement.






Sources :
  • Le Journal de la Vienne, 8 février 1882 ;

mardi 16 avril 2013

Naundorff, Karl-Wilhelm (1785?-1845)

Karl-Wilhelm Naundorff
Karl-Wilhelm Naundorff, un horloger prussien, apparaît à Berlin à la fin de l'année 1810. Discret, il se fait toutefois remarquer par les autorités et est amené à remettre son passeport pour un contrôle : celui-ci stipule qu'il est né à Weimar et qu'il a 43 ans. Or, Naundorff n'en paraît que 25.
On l'interroge et il finit par avouer : il est en fait Louis XVII, prétendant au trône de France, évadé de la prison du Temple en 1795, et il se cache des troupes napoléoniennes. Le conseiller Le Coq, d'origine française, le croit et, en tant que président de la police de Berlin, lui fournit de faux papiers. Naundorff se réfugie à Spandau.
Pendant quelques années, Naundorff tente plusieurs approches pour réclamer ses droits, non pas le trône mais la restitution de son nom et de ses titres, auprès notamment de la duchesse d'Angoulême, sa "soeur", seule membre de la famille de Louis XVI à avoir échappé à la mort durant la révolution. En 1828, après quelques déboires judiciaires, il se rend à Crossen. Là, il réussit à convaincre de nombreuses personnes qu'il est Louis XVII, annonçant même dans un article de la Gazette de Leipzig la présence de Louis-Charles, duc de Normandie, à Crossen. Repéré par le roi de Prusse, il est contraint de se réfugier en Suisse, puis à Paris, où il arrive en mai 1833.
A Paris, il rencontre Mme de Rambaud, femme de chambre de feue la reine, qui reconnaît en cet homme le petit dauphin auquel elle était très attachée. De plus en plus de personnes, proches de l'ancien régime, le reconnaissent et au plus fort de sa notoriété, il assigne une revendication d'héritage à Charles X et à la duchesse d'Angoulême, le 12 juin 1836. Jusqu'alors toléré à Paris, il est arrêté. Le 15 juin 1836, Naundorff fut jeté en prison et la police confisque les 202 pièces du dossier qui « prouvaient » que Naundorff était Louis XVII. Ce dernier est expulsé après 26 jours de détention vers le Royaume-Uni.
Nombres de ses partisans lâchent l'affaire, par peur des représailles. Quelques-uns, cependant, continuent le combat, à commencer par Modeste Gruau, son avocat. A la fin de sa vie, Naundorff se lance dans la pyrotechnie et met au point une bombe qui sera connue comme la "Bombe Bourbon". Il décède à Delft le 10 août 1845. Sur sa tombe on peut lire : « Ici repose Louis XVII Roi de France et de Navarre, né à Versailles le 27 mars 1785, décédé le 10 août 1845. »
Ses enfants après lui continueront le combat. A la demande de la veuve de l'un de ses fils, Charles Edmond, le procureur général du tribunal de Bois-le-Duc (port des Pays-Bas) le 12 mars 1888, et le 20 mai 1891, celui du tribunal de Maëstricht, proposent à ces juridictions de rectifier tous les actes d'état-civil hollandais comportant le nom de « Naundorff » en « de Bourbon ».

Parmi ses partisans, durant son exil en Angleterre, on retrouve messieurs Louis, Abel et Jean-Baptiste Martin-Laprade, ce dernier ayant été curé de la paroisse de Mazerolles (Vienne), qui sont tous des descendants de mon ancêtre pâtissier Abel Bouquin.
Xavier Martin-Laprade, frère des précédents, fut avocat à Paris et a été l'un des premiers à reconnaître en Naundorff le vrai Roi de France. Il voulut remonter aux sources même, entreprit un voyage en Allemagne, prenant partout les informations les plus minutieuses, s'adressa au Cabinet de Berlin, vit le ministre de l'Intérieur de Prusse, M. de Rochow, et en obtint la fameuse déclaration qui agaça si fort les nerfs de M. Benoist déclaration que voici : «... Au reste, monsieur, je ne voudrais pas affirmer que cet homme n'est pas le Dauphin de France ; mais je vous dirai ma pensée tout entière : il ne peut pas être reconnu pour tel, parce que sa reconnaissance serait le déshonneur de toutes les monarchies de l'Europe ». Martin-Laprade est co-rédacteur, avec Gruau, des Motifs de conviction sur l'existence du Duc de Normandie, publiés chez Mme Veuve Goullé, libraire à Paris (1836) qui transcrivent ses recherches.


Abel, veuf de Marie-Anne Angélique Aline Merlin-Chabant, épouse le 15 juillet 1876, à Bréda (Pays-Bas), l'aînée des Naundorff : Amélie. L'acte est retranscrit sur les registres de Mazerolles, le mois suivant (AD en ligne, Mazerolles, NPMD - 1873-1876, v.77/89).



Sources :
  • Wikipedia ;
  • Où est la maison de France ?, par un ancien partisan du Comte de Chambord (1884) ;

samedi 13 avril 2013

Le Loup-Garou de Niort (1802)

On lit dans le Journal de la Vienne, n°2, du 9 germinal an X :

Niort, le 5 germinal an 10. Il s'est passé, dans la nuit du 20 eu 21 ventôse, près d'une métairie située dans la forêt de la Meilleraie, un évènement qui aurait un côté assez plaisant, si l'on pouvait rire d'un délit ou d'un crime qui outrage les moeurs publiques, et dont la preuve emporterait peut-être une peine capitale ou infamante.
Un propriétaire fait pêcher un étang et donne la garde du poisson, pendant la nuit suivante, à deux filles pour qui une hutte avait été préparée. Dans la nuit, les deux filles se réveillent au milieu des flammes de la hutte ; elles fuient précipitamment et l'une d'elle est saisie par un loup-garou. L'autre se détermine à retourner au secours de sa compagne ; celle-ci, dans le débat, parvient à s'échapper ; mais, plus timide ou moins généreuse, elle laisse violer celle qui l'avait garantie de ce malheur.
La résistance fut sans doute longue et vigoureuse, puisque la victime eut encore la force d'arracher et de jeter au feu le voile noir du loup-garou.
Enfin elle reconnaît son terrible adversaire à la lueur de la flamme ; le lendemain, elle fait sa plainte aux officiers de police, et fait arrêter le coupable qui est maintenant dans les prisons.
Il est peut-être bon de rappeler aux habitants de la campagne, que toutes les histoires de revenants et de loups-garoux, dont on effraie si sottement leur enfance, n'ont de réalité que la fourberie. On  sait combien, dans les pays de gabelles, on voyait des loups-garoux, et ces loups-garoux étaient des contrebandiers qui savaient, par la frayeur qu'ils inspiraient, éloigner ceux qui pouvaient découvrir ou gêner leur commerce frauduleux.


vendredi 12 avril 2013

Kergorand, où est-tu ?

Lors de l'étude de la descendance de mon ancêtre pâtissier Abel Bouquin, je suis tombé sur le mariage de Joseph Ignace FURIC, écuyer, sieur de Kergorand, originaire de Quimper (Finistère), avec Élisabeth RULLIER, fille du notaire Pierre et de Marie DROUYNOT. Celui-ci a lieu le 21 avril 1686, à Poitiers (Vienne), paroisse Notre-Dame-la-Petite.

AD en ligne, Poitiers-Notre-Dame-la-Petite, BMS - 1683-1688, v.49/93
AD en ligne, Poitiers-Notre-Dame-la-Petite, BMS - 1683-1688, v.50/93
Je trouve quelque peu poétique ces noms qui me sortent pour un instant du Poitou natal. Par contre, je n'ai pas du tout réussi à localiser ce fief...

jeudi 11 avril 2013

Jolly, Pierre-Henri (1781-1848)

Nécrologie des maires de Poitiers

On lit dans les Affiches, annonces et avis divers de Poitiers, n°71, du mardi 13 juin 1848 :

Samedi dernier ont eu lieu les obsèques de M. Jolly, membre de la Légion d'Honneur, avocat à la cour d'appel, ancien avoué, ancien membre du conseil général de la Vienne, et ancien maire de Poitiers. L'ordre des avocats, M. le maire de la ville, accompagné de ses adjoints et du conseil municipal, un grand nombre de fonctionnaires et de citoyens de toutes les conditions, assistaient à cette cérémonie. Les coins du poêle étaient portés par MM. Fey, bâtonnier de l'ordre des avocats près la cour d'appel, Calmeil, avocat, membre de la Légion d'Honneur et du Conseil général de la Vienne ; Bouillé jeune, avoué près la cour d'appel, et Durand père, ancien avoué au tribunal de première instance. Le deuil était conduit par M. Orillard, maire de la ville.
M. Fey, bâtonnier de l'ordre des avocats, a retracé brièvement la vie de M. Jolly. Il s'est exprimé en ces termes :

Messieurs,
L'année dernière un triste devoir nous réunissait autour du cercueil d'un jeune confrère trop tôt enlevé à l'affection et aux espérances du barreau. Aujourd'hui la mort vient encore éclaircir nos rangs : elle a frappé M. Pierre-Henri Jolly.
Avant que la tombe se referme sur sa dépouille mortelle, permettez-moi, Messieurs, d'être l'interprète des sentiments douloureux que ce cruel évènement inspire à notre ordre : il est des hommes dont on ne saurait se séparer sans émotion et sans regrets : M. Jolly était de ce nombre.
Sa vie entière a été consacrée au travail ; il a exécuté cette loi providentielle d'après laquelle tout homme doit travailler dans le mesure du pouvoir qu'il lui a été départi.
Après avoir terminé des études classiques qui ne furent pas sans succès, M. Jolly se voua à la science des lois, et obtint en l'an II le diplôme de licencié en droit. Quelques temps après, il essaya ses forces et fit ses premières armes au palais. La netteté de ses discussions, le soin consciencieux qu'il apportait à l'examen des affaires qui lui étaient confiées, lui avaient concilié l'estime et mérité les encouragements des hommes placés à la tête du barreau ; mais, après un exercice de quatre années, il renonça à la plaidoirie pour occuper une chargé d'avoué.
Cette profession est plus modeste que la nôtre, parce que, se renfermant dans le silence d'une étude, elle ne met pas en évidence celui qui l'exerce ; mais, il faut le reconnaître, elle aussi a ses difficultés, et par conséquent son mérite. N'exige-t-elle pas en effet une grande rectitude de jugement, un coup d'oeil sûr, des travaux souvent arides ? Que de fois une fausse direction imprimée à la marche d'un procès a compromis le droit le mieux établi ! 
M. Jolly offrait l'ensemble de toutes les qualités qui rendent un homme d'affaires recommandable. Intelligent, laborieux, éclairé, il se dévouait tout entier aux devoirs et aux exigences de sa profession. Les intérêts de ses clients devenaient en quelque sorte les siens propres. Pendant le cours de sa longue carrière, son zèle ne se démentit pas plus que sa probité et sa délicatesse. Voilà par quels procédés honorables M. Jolly sut conquérir l'estime publique et la confiance des magistrats. 
Que ces titres sont respectables, Messieurs, et combien ne devaient-ils pas recommander M. Jolly aux suffrages de ses concitoyens ! Aussi lorsque, grâce aux développements de nos libertés politiques, chaque commune conquit le droit précieux de nommer elle-même ses conseils municipaux, le nom de M. Jolly fut-il un des premiers qui sortit de l'urne électorale. L'homme qui depuis de longues années défendait avec autant d'intelligence que de zèle les intérêts particuliers,, n'avait-il pas, en quelque sorte, sa place marquée parmi les membres d'un corps, dans le sein duquel les intérêts d'une cité populeuse allaient se discuter et se débattre ? 
Trois ans après, en 1834, ce n'était plus seulement la confiance de la commune de Poitiers, c'était celle du canton tout entier qui l'appelait à de nouvelles fonctions : il était élu membre du conseil général. Il remplit ces fonctions jusqu'en 1843, et dans les nombreuses sessions auxquelles il prit part toutes ses pensées eurent pour objet l'accroissement de la prospérité agricole et commerciale du département. 
En 1838, il cessa de postuler comme avoué devant la cour d'appel. L'affaiblissement de sa santé, occasionné moins par le nombre des années que par l'énervante continuité de 32 ans de travaux, lui fit comprendre que l'heure de la retraite avait sonné pour lui. Il transmit à son fils aîné, avec sa charge, les traditions de loyauté et de délicatesse qui avaient honoré sa carrière. 
Cette détermination ne donna cependant pas à M. Jolly le repos qu'elle semblait lui promettre. — La ville réclama ses services, et ne les réclama pas en vain. Les circonstances étaient difficiles ; mais les difficultés ne l'arrêtèrent pas. La prudence lui commandait peut-être de s'abstenir, mais il n'écouta ni les calculs d'une prudence trop pusillanime, ni ceux de l'intérêt personnel. Ne prenant conseil que de son patriotisme et de son dévouement, il accepta les fonctions de maire, fonctions toujours pénibles, toujours délicates, et dont les fatigues ne trouvent leur récompense que dans la conscience d'avoir accompli un devoir. Son administration n'a point été du nombre de celles qui ne laissent après elle aucune trace durable. N'est-ce pas pendant cinq ans de son éligibilité qu'ont été achevés ou exécutés des établissements dont la ville apprécie chaque jour l'utilité et les avantages ? 
Il trouva dans le sein du conseil des adversaires, mais il n'y rencontra pas d'ennemis ; et si quelques-unes des mesures qu'il proposa soulevèrent des contradictions, du moins s'empressa-t-on toujours de rendre justice à la droiture de ses intentions, à la loyauté de sa pensée. 
Ai-je besoin de vous rappeler, Messieurs, quelle activité il déploya durant tout le cours de son administration ? Il n'y avait pas de détail assez petit pour être indigne de son attention, pas de rouage administratif dont il ne dirigeât ou ne surveillât la marche. Son consciencieux patriotisme avait réveillé en lui toute l'activité de la jeunesse. Aussi le gouvernement le récompensa-t-il en lui envoyant la croix d'honneur. 
Ce fut en 1843 qu'il cessa d'administrer la ville, pour rentrer dans le calme de la vie privée. L'ordre des avocats, auquel il s'honorait d'avoir autrefois appartenu, lui ouvrit ses rangs, et, sur sa demande, son nom figura une deuxième fois sur le tableau. 
Mais chaque jour sa santé dépérissait et déjà il portait dans son sein le germe de la maladie si longue et si douloureuse qui l'a conduit au tombeau. 
Il vient de succomber, Messieurs : ses enfants perdent en lui le plus tendre des pères ; ses concitoyens regrettent l'homme de bien, l'administrateur intègre et impartial ; notre ordre, un confrère digne de respect. 
Puissent ces quelques paroles que je viens de prononcer acquitter notre dette envers sa mémoire ! Puissent-elles surtout adoucir l'amertume des regrets et de la douleur qu'inspire à sa famille le cruel évènement qui l'enlève à sa tendresse !


mercredi 10 avril 2013

Irland de Bazôges, Pierre-Marie (1750-1818)

Nécrologie des maires de Poitiers

On lit dans les Affiches, annonces et avis divers de Poitiers, n°3, édition du jeudi 15 janvier 1818 :

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La cour royale et la ville de Poitiers viennent de faire une perte dont les regrets entretiendront un souvenir si douloureux, que le temps même ne pourra l'effacer de sitôt. La mort nous a enlevé, mercredi 7 janvier, au milieu de ses utiles travaux, à la suite d'une maladie très aigüe, M. Pierre-Marie Irland de Bazôges, président à la Cour royale, membre du conseil municipal, ancien lieutenant général au présidial, et ancien maire de Poitiers.
Savant jurisconsulte, magistrat intègre, administrateur habile, M. de Bazôges porta dans l'exercice de toutes ses fonctions, particulièrement celle de la haute magistrateur à laquelle il fut appelé fort jeune, un fond inépuisable de savoir et de connaissances variées : à un esprit orné, il joignait un jugement droit, mais sévère, dont il avait puisé les principes, tant dans l'exemple vivant d'un père recommandable par ses qualités personnelles et par les fonctions éminentes qu'il remplissait, que dans la tradition de nombreux aïeux célèbres depuis longtemps dans la magistrature et les armées.
Ses collègues et ses collaborateurs ont si souvent eu occasion d'admirer sa facilité à saisir les points difficiles dans les questions même les plus compliqués, qu'ils n'ont jamais hésité à la regarder comme un des flambeaux de la magistrature et un savant administrateur.
Un esprit d'ordre, une méthode facile, une exactitude portée jusqu'à la rigueur dans l'exercice de tous ses devoirs, lui ont toujours attiré le respect de ses subordonnés, et mérité la vénération publique.
Connu par des qualités aussi éminentes, M. de Bazôges fut choisi en 1789 par la noblesse du Poitou pour la représenter aux états généraux. Il développa dans l'assemblée constituante cette énergie de caractère qui prouva jusqu'où allait son attachement pour l'ordre, la justice et la légitimité. Trop judicieux pour ne pas s'apercevoir des résultats affreux et des malheurs qui étaient les conséquences nécessaires, des principes dangereux que professait la philosophie moderne, il prit le parti de s'éloigner d'une Patrie qu'il chérissait, et pour ses efforts et son noble dévouement ne pouvaient plus rien.
Appelé dès son retour à Poitiers au conseil municipal, il devint l'oracle de cette administration ; il ne dédaigna point d'en remplir les fonctions de secrétaire, d'en rédiger toutes les délibérations après en avoir éclairé la discussion par ses judicieuses remarques.
Nommé à la mairie, tout le monde sait quel empressement, quelle exactitude il mit dans les pénibles mais honorables fonctions de maire : tous les arrêtés sortis de son administration sont marqués au coin de la prévoyance et de la sagesse. Lorsqu'en 1811, on réorganisa les cours d'appel, les voeux publics y plaçaient M. de Bazôges ; il fut nommé président de chambre de celle de Poitiers.
Il ne m'appartient point de dire que, rendu à des fonctions pour lesquelles il était né, et vers lesquelles avaient constamment été dirigés ses études et ses longs travaux, il sut s'y maintenir avec cette dignité qu'inspirent l'intégrité, l'honneur et le savoir.
Sévère pour lui-même, M. de Bazôges fut dans son intérieur fils respectueux et tendre ; il paya d'une réciprocité exemplaire les sollicitudes d'une épouse trop connue par ses éminentes qualités, pour en faire ici l'éloge : son nombreux domestique trouvait en lui un père, un ami, plutôt qu'un maître ; les malheureux ne l'abordèrent jamais sans ressentir les effets de sa générosité.
Tout ce qui était grand, beau et utile, sut toujours lui plaire : aucuns sacrifices ne lui coûtaient, s'ils devaient retourner à l'avantage des pauvres, ou contribuer au bien public.
Les approches de la mort n'ont rien changé au caractère ferme et impertubable de cet homme vertueux, pour qui le terme de cette vie n'est que le commencement d'une autre gloire.

Mors terribilis est iis quorum cum vitâ omnia.
Extinguntur : non iis quorum laus emori non potest.

La religion, dont la pratique l'avait soutenu au milieu de ses malheurs, est venue lui prodiguer avec pompe ses dernières consolations ; il a vu d'un oeil calme et serein s'en développer l'appareil majestueux. Après s'être entretenu avec toutes les personnes de sa famille, M. de Bazôges est mort sans effort, et, comme de juste, il s'est endormi dans le Seigneur.
M.-B., membre du conseil municipal



Autre notice sur M. Irland de Bazôges, l'un des présidents de la cour royale de Poitiers.

La ville de Poitiers vient de perdre l'un de ses citoyens les plus distingués, la cour royale un de ses plus célèbres magistrats.
M. Pierre-Marie Irland de Bazôges, ancien lieutenant général de la sénéchaussée et du présidial de Poitiers, est mort le 7 de janvier, âgé de 67 ans et 9 mois ; il était né à Poitiers, paroisse Saint-Hilaire-de-la-Celle, le 9 avril 1750, fils aîné de M. François-Hubert Irland, lieutenant général criminel, et de dame Élisabeth Susanne Constant.
Issu d'une famille encore plus recommandable par les services qu'elle a rendus à la France dans la magistrature depuis plus de trois siècles, que par l'ancienneté et la noblesse de son origine, M. de Bazôges n'a cessé de travailler pendant toute sa vie à soutenir l'honneur de son nom dans les différentes fonctions publiques qu'il a exercées.
Cette famille, avant qu'une de ses branches vint s'établir en France au commencement du 16e siècle, avait tenu un rang distingué en Écosse, suivant que l'attestent des lettres patentes données en 1654 par Charles II, roi d'Angleterre, mentionnées dans la Bibliothèque historique du Poitou par Dreux-Duradier, tome 2. Elle se fixa à Poitiers vers l'année 1510. Robert Irland, appelé le Docteur Écossais, y a figuré avantageusement comme professeur en droit pendant 60 ans. Il avait épousé une fille de M. Aubert d'Aventon, lieutenant général de la sénéchaussée de Poitou, et il fut remplacé à la faculté de droit de Poitiers, en 1579, par Bonaventure Irland, son fils, alors âgé de 28 ans.
Bonaventure Irland fut aussi conseiller au présidial : il obtint du Roi la permission de remplir les deux places.
Suivant les témoignages de savants du temps, Bonaventure Irland eut une grande réputation d'érudition dans la science du droit, de connaissances et de goût dans les belles lettres, et d'intégrité dans ses fonctions de magstrat. Plusieurs de ses ouvrages, justement estimés, sont venus jusqu'à nous. Il a eu jusqu'à ce jour une longue suite de descendants qui ont occupé avec distinction des charges au parlement de Rennes, et surtout à Poitiers, où ils ont exercé celle de lieutenant général criminel pendant 200 ans sans interruption.
Ainsi, né dans la magistrature, M. de Bazôges, à peine âgé de 22 ans, se vit appelé à remplir la place de lieutenant général de la sénéchaussée et siège présidial de Poitiers, sur la démission qui en avait été faite en sa faveur par M. Constant, son aïeul maternel, nommé président au conseil supérieur de Poitiers. Il montra, même avant le temps où il lui était permis d'avoir voix délibérative, cette rectitude de jugements qui découvre la vérité au milieu des sophismes dont on cherche souvent à la couvrir ; à quoi joignant une application constante au travail, qu'il a conservée pendant toute sa vie ; cette intégrité de moeurs, qui garantit de séduction, et cette impassibilité de caractère, qui ne laisse même pas de prise à la prévention, que l'immortel d'Aguesseau a dit être l'erreur de la vertu, le crime des honnêtes gens, il fit voir en lui un magistrat digne de servir de modèle.
Il fut en 1790 un des députés de la province aux états-généraux ; il y soutint avec une fermeté invariable les droits du trône et les intérêts du peuple. Les malheurs des temps le forcèrent en 1792 à quitter la France que dévorait l'anarchie ; il se retira chez l'étranger avec une épouse digne de lui, et qui n'a pas cessé d'être l'objet de ses plus chères affections.
Rentré dans son pays natal dès qu'il lui fut permis d'espérer un meilleur ordre des choses, M. de Bazôges ne négligea rien pour prouver à ses concitoyens qu'il était toujours disposé à leur consacrer ses talents et ses veilles : leurs voeux l'appelèrent bientôt au conseil municipal ; le zèle qu'il mit à discuter leurs intérêts le fit distinguer parmi ses collègues, et il se vit nommé maire de Poitiers en 1802.
La réputation qu'il s'est faite dans cette place importante sera longtemps un beau sujet d'émulation pour ses successeurs. Son administration n'a pas été de longue durée ; mais la ville lui doit l'établissement de ses réverbères, le perfectionnement de ses boulevards, la salubrité rendue à une partie considérable de son territoire, la régularisation de la perception de l'octroi, etc., etc.
En 1804, il fut rappelé à l'état auquel il avait été destiné dès sa naissance : il fut fait l'un des présidents de chambre de la cour de Poitiers. Les magistrats qui depuis ce temps-là ont partagé ses travaux, attesteront unanimement qu'aucun d'eux n'a été plus ardent à s'instruire, plus exact à remplir ses fonctions, plus intègre dans ses jugements : il était froid et impassible comme la loi.
A-t-il eu à présider une chambre civile, on le voyait, le dernier jour de la semaine, prendre au greffe de la cour les conclusions motivées prises dans toutes les affaires qui devaient se juger dans la semaine suivante ; chaque jour on le trouvait, dès le matin, dans son cabinet, occupé à prendre dans ces conclusions une première idée des affaires qui devaient être plaidées devant lui. Quelle facilité ce travail préalable devait lui donner pour saisir et pour résoudre tous les points de difficulté que les affaires pouvaient présenter !
On ne peut dire assez avec quelle attention il a présidé deux ans la chambre d'accusation, quels soins il mettait à distinguer les nuances de la culpabilité, pour ne faire subir les chances toujours humiliantes d'un jugement criminel qu'aux accusés qu'il n'était pas possible d'y soustraire. Il n'a jamais été rendu un arrêt sous sa présidence, qu'il n'ait pas rédigé lui-même.
Un magistrat aussi recommandable par les qualités du coeur et de l'esprit, ne pouvait être qu'un sujet fidèle, un ami sincère de la famille auguste que le Ciel nous a rendue, et à laquelle il s'était dévoué tout entier dès le commencement de la révolution.
Aussi exacte à observer les bienséances, que sévère dans l'accomplissement de ses devoirs, M. de Bazôges ne manqua jamais aux égards qu'il devait à ses confrères et au public. Il fut toujours accessible pour tous ceux qui eurent besoin de lui, il fut toujours l'ami du barreau. Il vécut attaché à la religion de ses pères, et, après avoir vécu comme un magistrat irréprochable, il est mort avec une résignation parfaite à la volonté de Dieu, puissamment fortifiée en lui par les secours de l'Église. Les suites de sa mort sont d'autant funestes pour son pays, qu'il ne laisse point de descendants.

mardi 9 avril 2013

Héritier de l'Empire

Excellent challengeAZ ! Je ne pouvais rester indifférent à l'article de Brigitte, C comme Charlemagne, où es tu ?, objet du challenge de la semaine dernière.

Laissez-moi donc vous raconter une Histoire...



Ça commence quand je débute dans la généalogie, il y a quelques années. En ce temps-là, je faisais parti du CGCP, groupe qui s'occupe principalement du sud de la Vienne et du Nord-Charentais, là où est localisée une grande partie de mes ancêtres.

Grâce à des échanges plutôt sympathiques, j'appris qu'on connaissait une filiation qui permettait de remonter à Charlemagne, via les occupants de l'ancien château de Chambes, situé sur la commune de Voulême (Vienne).


Dans ma généalogie, on trouve le couple Jean Couturier et Marie Métayer, mariés le 28 février 1726, à Montalembert (Deux-Sèvres).


Connu pour ses brumes, Montalembert présente également des registres paroissiaux assez brumeux, surtout à cette époque de l'année. Le mariage n'étant pas filiatif, cette branche resta longtemps orpheline, jusqu'à ce que je mette la main sur une sépulture bien éloquente :

AD en ligne, Montalembert, BMS - 1733-1742, v.30/47
AD en ligne, Montalembert, BMS - 1733-1742, v.30/47
"Le seize may mille sept cent trente neuf est décédée et a été inhumée dans le cimetière marie marteau agée d'environ soixante et treize ans ou environ, en présence de jean rollan pierre raizon et jean couturier, ses gendres et françoise métayer sa fille et plusieurs autres parents et amis qui ont déclaré ne savoir signé."

Cet acte me donnait la mère de Marie Métayer : Marie Marteau. Née vers 1666, celle-ci est l'épouse d'André Métayer, qu'elle épousa le 26 avril 1694 en la même paroisse. Ce dernier mariage, filiatif, m'indiqua que Marie Marteau était la fille de René Marteau et de Charlotte Brothier.


Vous me suivez jusqu'ici ?

Bon. C'est là que ça se corse, comme on dit à Ajaccio (NdT : en français dans le texte).



Charlotte Brothier fait partie de la famille des Brothier de Chambes. Riches notables ou représentant de la petite noblesse poitevine, les Brothier se retrouvent fréquemment dans les anciennes chartes poitevines — il s'agit d'ailleurs d'une des plus vieilles familles du Poitou.
Charlotte, nous apprend le Beauchet-Filleau (tome 2, p.22), est la fille d'Étienne, sieur de Lavaud et de Rollière, et de Françoise Marteau.

Étienne, né vers 1593 et inhumé dans l'église de Voulême le 24 mars 1678, était le fils d'Antoine et d'Hilaire Bailliot. Enfin, pour conclure, Hilaire Bailliot fut la fille de Jean, sieur de Chambes, et de Marie de Chambes.


D'après de nombreuses sources, tant au sein du CGCP que sur internet, on m'indiqua la filiation de cette Marie de Chambes, épouse du sieur de Chambes. Elle descendrait du célèbre Jean de Chambes, chevalier, seigneur de Vilhonneur, conseiller et premier maître d'hôtel du Roi, qui épousa, le 17 mars 1446, Jeanne Chabot, fille de Thibaud, baron de la Grève, de Montsoreau et d'Argenton, et de Brunissonde d'Argenton, par ce biais :


La filiation de Marie à Jean de Chambes prête cependant à polémique.

Sans remettre en cause l'analyse de documents que je ne connais pas, je n'ai jamais vraiment su comment on arrivait à cette ascendance :


Marie ! Je suis... ton arrière-grand-père !
Cette famille de Chambes fut assez célèbre en son temps, puisque des descendants de Jean et de Jeanne Chabot, Charles de Chambes et Françoise de Méridor, deviendront les héros malgré eux du roman d'Alexandre Dumas, La Dame de Monsoreau (avec une erreur d'orthographe).

A partir de Jean de Chambes, ce n'est plus l'affaire du généalogiste amateur mais celui de l'historien.


Nous sommes tous Héritiers de l'Empire, vous ne croyez pas ?



Un remerciement tout spécial à Jean-Pierre, Jean-Claude, Gilbert et Alain, pour tout ça, mais pas que !