mardi 19 août 2014

Renard et le réseau

Si mes cousins m'étaient comptés

Louis Renard,
extrait du site VRID
Lorsque l'on parle de résistance dans la Vienne durant l'occupation, on pense particulièrement au "réseau Renard", créé en 1940 par Louis Renard.
Je reste plutôt attaché au XVIIe et XVIIIe siècle, aussi ne suis-je pas vraiment un spécialiste de la question. Aussi, je me permets de vous renvoyer à de nombreuses biographies et monographies sur le sujet, pour plus de détails (du reste, ce sont mes sources, comme notamment le VRID — Vienne Résistance Internement Déportation ou la monographie sur le réseau Renard, éditée par ONAC). Je m'excuse donc pour cette biographie maladroite.
Louis Renard, né le 7 décembre 1893 à Poitiers, était le fils de Georges Louis Alexis Renard, négociant demeurant rue des Cordeliers (futur Monoprix — je présume), et de Clothilde Marie Berthe Périssé.
Il eut un frère, Henri François Étienne, né le 15 avril 1895 en cette même ville, et qui mourut de blessures de guerre à Crouy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne), le 25 juillet 1918, et à ce titre, doit apparaître dans le recensement de notre ami Fred. Du reste, Louis lui-même échappa de peu à la mort : il eut le poumon perforé en 1914 et perdit l'oeil droit à Verdun en 1916. Ses blessures et sa conduite lui valurent la légion d'honneur (Chevalier en 1916 et Officier en 1937), et la Croix de guerre avec palmes[1].
Capitaine de réserve et avoué au tribunal civil de profession, il fut mobilisé en 1939 et n'accepta pas la défaite. Le 31 août 1940, il écrivit au général de Gaulle et créa, avec un groupe de proches, un journal clandestin : "Le Libre Poitou", qui parut régulièrement entre octobre 1940 et septembre 1942.
Gaston Chapron, huissier de justice dont l'étude se situait à proximité de celle de Renard, créa dans le même temps un groupe d'une dizaine de personnes dont les objectifs étaient le renseignement, le sabotage et l'organisation de filières pour le passage de la ligne de démarcation. Leur premier coup de maître, le 7 avril 1941, fut la prise en charge de l'équipage d'un bombardier britannique, contraint de se poser près de Maillé, qui, grâce à ce réseau, rejoignirent Marseille. Renard le découvrit et les deux groupes fusionnèrent. Celui-ci en devint le chef. Le réseau Renard prit de l'importance dans la Vienne, et on en comptait plus de 150 membres en 1942. 
Malheureusement, l'année 1942 devint la sinistre année du groupe. Le 30 juillet, des agents postaux à Niort découvraient dans un colis des documents à tendance "gaulliste" et avertirent leur hiérarchie, qui prévint les autorités. Le colis fut remis à son destinataire (Verbruggen, correspondant de Renard à Niort), qui fut arrêté. Par la suite, Louis Renard lui-même était arrêté, le 31 août, à Ligugé, bien après que les archives du réseau ne fussent découvertes par les autorités. Louis Renard, lors de son interrogatoire le 11 septembre suivant, ne peut que « mesurer l'étendue des dégâts ».
Une centaine de personnes sont arrêtés, et une trentaine d'entre eux sont inculpées de "menées antinationales". Celles-ci sont transférés à Fresnes le 12 février suivant, puis envoyées en Allemagne à la prison de Trèves le 18 février, et le lendemain au camp de concentration d'Hinzert (Louis Bordas et Joseph Riedinger y moururent). Enfin, ils furent emmenés à la prison de Wolfenbüttel, où un simulacre de procès condamna à mort dix d'entre eux : Louis Renard, Louis Cartan, Théodore Lefebvre, Jacques Moreau, Jacques Levrault, Clément Péruchon, le civraisien Pierre Pestureau, que j'évoque ici, Paul Préaux, Louis Toussaint et le père Lambert de l'abbaye de Ligugé. Ils furent guillotinés le 3 décembre 1943, ne sortant de leur cachot que pour se rendre à l'échafaud, tout en chantant La Marseillaise. Par la suite, nombre de leurs compagnons moururent dans les camps ou dans les prisons (parmi lesquels, notamment, l'ancien secrétaire d'état à la guerre Gaston Hulin).
Le titre du "Libre Poitou" fut repris après la guerre. Il existe toujours, ayant pris le titre actuel de "Centre-Presse", en 1958, lors de son rachat par Robert Hersant.

Comme je l'évoquai au début de cette note, Louis Renard était fils d'un négociant, Georges Louis Alexis Renard et de Clothilde Marie Berthe Périssé. Ses ancêtres Renard venaient de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher), où l'un d'eux fut vignerons. Sa grand-mère paternelle, Louis Adrienne Fougeray, avec laquelle son père tenait boutique en 1891 à Poitiers, avait des origines sarthoise (Sainte-Cérotte) et tourangelle (Loches).
Je me suis demandé si je n'avais pas un lien de parenté avec Louis Renard, en recherchant, pourquoi pas, dans son ascendance maternelle. Clothilde Périssé, native de Vouillé, était la fille de Jean-Philippe Périssé, gendarme à cheval, et de Louise Radégonde Honorine Abonneau. Les Périssé étaient originaires de Haute-Garonne (Estadens pour être précis), et les Abonneau de Vouillé même. Je n'ai pas dénombré pour l'instant un seul de mes ancêtres dans ce secteur de la Vienne (ouest et nord-ouest de Poitiers). Brigitte, et si tu lis ses lignes, peut-être es-tu concernée ?
Toutefois, la mère de Louise Radégonde Honorine Abonneau, Marie-Louise Deschamps, était native de Poitiers intro-muros. Les Deschamps m’entraînent vers les Chevessier, famille dont la plupart des hommes furent charrons à Montierneuf, et dont je suis descendant (mes ancêtres originaires de Poitiers même se comptent sur les doigts d'une main, c'est donc une coïncidence peu ordinaire).
Maurice Chevessier
(~1614-1649),
époux de Françoise Chrestien
(~1620-1653)
Louis
Chevessier
(1644-1700),
époux de Catherine Gond (puis d’Antoinette Rousseau)
Geneviève Chevessier
(1646- ?),
épouse de Jacques Desmontagnes (puis d’Hilaire Février)
Jean
Chevessier
(1677-1710),
époux de Marie Levrault
Michel Desmontagnes
(1672-?),
époux de Marie Surreau
Pierre René Chevessier
(1709-1768),
époux de Marie Minereau
Marie-Jeanne Desmontagnes
(1700-1770),
épouse de Pierre Pelletier
Louise
Chevessier
(1742-1814),
épouse de Simon Deschamps
Marie-Jeanne Pelletier
(1731-1796),
épouse d'André Provost
Pierre Deschamps
(1766-1840),
époux de Marguerite Cartaud
Pierre
Provost
(1766-1820),
époux de
Marie
Sandillon
René
Renard
(1786-1855),
époux de
Marie
Bagland
(1792-1840)
Étienne Louis Fougeray
(1803-1869),
époux de Marthe Pauline Bourgeois
(1807-1867)
Jean-François Périssé
(1788-1865),
époux de Jeanne Anne Duchein
(1796-1850)
Marie-Louise Deschamps
(1814-1892),
épouse de
Joseph
Abonneau
(1815-1894)
Pierre
Provost
(1798-1866), époux de
Suzanne
Rivière
(1803-1845)
Louis
Jean
Renard
(1831-1866)
Louise
Adrienne
Fougeray
(1834-?)
Jean-
Philippe
Périssé
(1838-?)
Louise Radégonde Abonneau
(1843-?)
Marie Provost
(1828-1898),
épouse de Jacques Pissard
Georges Louis
Alexis
Renard
(1861-?)
Clothilde Marie
Berthe
Périssé
(1866-?)
Charles Pissard
(1859-1923),
époux de Marie-Léontine Bardeau
Louis Renard
(1893-1943),
époux de Marie Germaine Thérèse Marsaudon
Louis Pissard
(1885-1932),
époux de Marcelline Georgine Lebeau
(1888-1981)
mes grands-parents
mes parents
et moi !



Notes :
[1] — Louis Renard sur Wikipedia.

dimanche 20 juillet 2014

Légionnaires de génération en génération

Voici un extrait d'une série publiée dans le Figaro, supplément littéraire du dimanche, édition du 4 juillet 1914, intitulée "À travers les Revues" — Soldats :

Voici Jabouille ; Antoine Jabouille, né en 1764; fils de Jacques Jabouille, chirurgien-major et procureur de la commune à Pionsat. Jabouille Antoine fera une carrière ; il deviendra chef d'escadrons de gendarmerie et sera chevalier de la Légion d'honneur. Provisoirement, il n'est pas très content. Il a été promu lieutenant de gendarmerie et envoyé à Maubeuge, dans de mauvaises conditions. Le 20 octobre 1793, il cherche «des souliers et des chemises pour la division». Des souliers et des chemises, il en trouve. Ce qu'il ne trouve pas, c'est, pour lui, de la nourriture. Il s'est procuré du vin mais pas de pain ! Maubeuge, tous ces derniers temps, était entourée d'ennemis ; on l'a débloquée mais elle est dépourvue de tout. Il faut payer dix sols une once de tabac.
Jugez d'après cela s'il fait bon dans les auberges.
Lieutenant de gendarmerie, c'est « un fort joli poste ». L'on y a, de la tranquillité, peu de comptabilité, peu de responsabilité. Rien à faire, en somme. Mais on a chargé Antoine Jabouille d'une autre besogne : il fait fonctions de quartier-maître trésorier. Marque de confiance, et flatteuse, dit Jabouille, mais onéreuse. Le quartier-maître qu'il remplace, et qui est malade, continue à jouir de ses appointements. Jabouille n'a que la solde de son grade ; et des dépenses !...
A ma réception, j'ai fait des dépenses qui sont d'usage à la troupe. Je suis obligé de faire des emplettes. J'ai acheté un cheval de six cents livres, je ne l'ai pas encore payé il est vieux, mais ils sont si chers qu'il m'est impossible de choisir. Je le fatigue beaucoup, mais il est fort et pourra me faire de l'usage. Il me faudra bientôt un manteau ciré. Je vous assure que j'ai besoin de me ménager, surtout si je ne veux pas toucher à la somme que j'ai à Paris. 
Ce que Jabouille supporte le plus mal, c'est l'ennui d'un poste où il n'a plus «l'avantage de voir l'ennemi». Toujours au trésor : «cette place convient parfaitement à un capon !»
Ce qui le, tourmente aussi, c'est un grand chagrin c'est un grand chagrin d'amour malheureux. 
J'ai un reproche terrible à vous faire, mon cher père. Vous savez que, dans mon dernier séjour à Paris, je vous parlai mariage. Vous me le portâtes bien loin. Mon frère cadet ne disait pas tout à fait de même. Il me disait seulement que ma prétendue était encore trop jeune elle avait quinze ans. 
Et puis, la prétendue est morte. 
J'ai considérablement perdu. Figurez-vous une femme pleine de talents, de douceur, de beauté, parlant trois différentes langues et les écrivant de même, enfin dont l'éducation a plus coûté que n'ont vaillant toutes les filles de Pionsat. Je pleure pas facilement ; mais, si vous l'eussiez connue, vous sentiriez ma douleur...
Seulement, voilà le père Jabouille ne connaissait pas la prétendue de son fils. Et il s'est figuré — comment ? pourquoi ? — et il s'est figuré que son fils allait épouser une fille de peu. 
Ces sortes de filles, répond le fils de Jabouille, peuvent être parfois pour mes plaisirs mais je n'en ferai jamais ma femme. 
Jabouille a beaucoup de chagrin. Mais, plus tard, après la guerre, il se consola tel est l'effet du temps il se maria et il eut un fils, Edme-Thomas, qui fut officier dans la Jeune-Garde.

Connaissez-vous l'Ordonnance royale du 8 octobre 1814 ? D'après ce qu'en dit Wikipedia, la "troisième génération successive de titulaires de la Légion d’honneur pouvait bénéficier de la noblesse héréditaire. Cette disposition, tombée en désuétude mais jamais abolie, provenait de l'ordonnance royale du 8 octobre 1814 qui dispose que lorsque l'aïeul, le fils et le petit-fils auront été successivement membres de la Légion d'honneur et auront obtenu des lettres patentes, le petit-fils sera noble de droit et transmettra sa noblesse à toute sa descendance". Je n'avais jamais rencontré le cas de distinctions sur trois générations, voilà donc celui que je trouve. Tout commence par une famille de notables établies sur les rive du lac de Vassivière, qui s'étendit vers Évaux (et Montluçon) et Pionsat.
François Jabouille, notaire royal de Pallier (1686-1728), lieutenant de la justice de la Nouaille
Jean-Baptiste
Jabouille
(~1686-1759),
bourgeois de Royère, notaire royal (1729-1739), succédant à son père par lettre de provision du 8 juillet 1729, époux de Thérèse Darfeuille
(au moins 11 enfants, dont)
Antoine Jabouille
(~1691-1771),
bourgeois (1739) puis marchand d’Évaux (1740), fermier des seigries d’Évaux, Reterre et Fontannière (1751-1762), greffier au baillaige de Combraille (1767), époux de Paule Lasalle
(au moins 9 enfants, dont)
Toussaint Jabouille
(~1701-1781),
notaire royal de Gentioux (1739-1781), succédant à son  frère par lettre de provision du 30 décembre 1739
François Jabouille
(1729-1803),
huissier, époux de Marie Bourzat
Jacques Jabouille
(1731-1807),
chirurgien juré, époux de Marie Pradon
Jean-Baptiste Jabouille
(1733-1792),
procureur en l’élection d’Évaux, époux de Marguerite Camus
Jean-Baptiste Gérard Jabouille
(1749-1824),
contrôleur des contributions directes du 1er arrondissement de l’Allier (1814), époux d’Anne Chabot

Antoine Jabouille, comme il est mentionné dans le texte précédent, était le fils de Jacques, chirurgien juré, et de Marie Pradon. Il fut baptisé le 19 mai 1764 à Pionsat. Après sa campagne à Maubeuge, il épousa Marie-Joséphine Élisabeth de Louvrex, native de Liège. Il fut, comme capitaine de gendarmerie, décoré de la Légion d'Honneur vers 1815. Il mourut le 21 mai 1834 à Rive-de-Gier (Loire).

Son fils, Edme Thomas Jabouille, naquit le 15 octobre 1797 à Liège. Il fut, en 1813, élève du Prytanée de la Flèche (Sarthe), puis de Saint-Cyr, avant d'intégrer l'année suivante le 9e régiment des voltigeurs de la garde impériale (sous le grade de sous-lieutenant). Dans le 40e de ligne, il fut en non-activité par suite d'un licenciement, en 1815, puis démissionnaire en 1817. Le 2 novembre 1824, il intégra le 2e régiment des dragons, dont il devint l'un des brigadiers en décembre, puis fourrier (mars 1825), maréchal des logis (décembre 1825) puis en chef (mai 1828), sous-lieutenant (septembre 1830) et enfin lieutenant (mai 1832). C'est à ce titre qu'il fut reçu chevalier de la Légion d'Honneur, par décret du 16 juin 1832. Il était alors lieutenant de gendarmerie en résidence à Ruffec (Charente), lorsqu'il épousa, le 27 mai 1839, à Poitiers, Rose Petit, fille de Louis et de Rose Brault (celle-ci était une descendante directe de mon ancêtre Jacques Petit, v. PETIT de la Bougonnière). Il mourut à Poitiers, le 14 juillet 1860.

Leur fils, Louis Arthur Jabouille, naquit le 23 octobre 1842 à Ruffec. Il était étudiant en droit, en 1863, puis avocat en 1865 à Poitiers. Le 4 septembre 1870, il était secrétaire particulier du préfet de la Vendée, et le 1er novembre suivant, lieutenant d'un corps franc formé par ledit préfet. Le 1er novembre de la même année, il fut nommé substitut du procureur de la république de Saintes, mais en raison de la campagne à laquelle il prenait part, il ne put rejoindre son poste que le 1er mars 1871. Ce fut à Saintes, qu'il épousa, le 16 septembre 1873, Emma Jenny Lejeune, fille de Charles Émile, chef d'exploitation au chemin de fer des Charentes, et de Victorine Henriette Brunet. Il quitta son poste le 13 avril 1876, lorsqu'il fut nommé sous-préfet de Dôle (Jura). Le 17 mai 1877, il était révoqué de ses fonctions (suite à la crise de la veille), mais y fut réintégré le 30 décembre suivant. Le 15 mars 1879, il fut nommé préfet du Jura. C'est à ce titre qu'il fut reçu Chevalier de la Légion d'Honneur, par décret du ministère de l'intérieur du 12 juillet 1880. Le 17 novembre suivant, il fut nommé préfet de l'Oise, puis préfet du Maine-et-Loire (au 1er mai 1882). Alors en qualité de préfet du Doubs, en poste depuis le décret du 23 avril 1885, il mourut le 25 février 1887 à Paris-8e, des suites d'une opération d'un cancer de la gorge.

Si j'en crois l'ordonnance, ce dernier Jabouille a dû être anobli automatiquement, mais son acte de décès ne fait aucune mention d'un anoblissement. Son fils aîné, Pierre Charles Edmond Jabouille, naquit le 25 novembre 1875 à Saintes. A ma grande surprise, je découvrais que celui-ci possède une fiche wikipedia : il fut un ornithologue ayant travaillé en Indochine. Il mourut le 14 mai 1947 à Paris-16e. J'ignore si sa lignée se poursuit. Il avait un frère, Paul Louis Edmond Jabouille, né le 6 février 1884 à Angers, qui fut marié, le 4 juin 1917 à Soleure (Suisse), à Simone Gabrielle Lasalle.

lundi 26 mai 2014

Curés de génération en génération

Une curiosité tout à fait annexe à mes recherches m'ont conduit à une surprenante succession. Tout commence dans le Beauchet-Filleau, tome 1, p. 180, alors que je regardai l'article sur les Augry de Laudonnière (originaires de Moussac, sud-est de la Vienne). La dernière personne citée, qui doit faire partie de cette famille, était Jean Augry, dernier curé de Civray avant la révolution, qui « comparaît à l'assemblée du clergé pour nommer des députés aux États généraux, prêta le serment constitutionnel, ce qui ne l'empêcha pas d'être poursuivi, arrêté et détenu à Poitiers pendant quelques mois ; réintégré dans ses fonctions, il y fut maintenu lors du concordat, et mourut curé de Civray le 21 juillet 1806. »
L'acte de décès est ainsi écrit : « L'an mil huit cent six et le vingt deuxième jour du mois de juillet pardevant nous Jacques Pierre Pontenier adjoint de la mairie de la commune de civray faisant les fonctions d'officier public de l'état civil de la commune dudit Civray département de la Vienne, canton et municipalité du même lieu, le maire absent, sont comparus monsieur Pierre Delabarre, prestre curé desservant de la commune de Champagné le Sec, département de la Vienne, domicilié en laditte commune agé de cinquante un ans, neveu du deffunt, monsieur Denis Delabarre prestre curé desservant de la commune de Savigné département de la Vienne, domicilié en la ditte commune, agé de quarante sept ans, neveu du deffunt, lesquels nous ont déclaré que le vingt un du présent mois de juillet dix heures du matin, monsieur Jean Augry, prestre archiprêtre de la cure de Civray et de Saint-Pierre-d'Exideuil, annexe, domicilié en cette ditte commune, agé de soixante huit ans, né en la commune de Darnac, département de la Haute-Vienne, fils de feu monsieur Jean Augry et de feue Marie Desgenelt, oncle desdits déclarans, est décédé le vingt un du présent mois de juillet à dix heures du matin en sa maison presbytéralle dudit Civray, n°115, et les déclarans ont signé avec nous le présent act, après que lecture en a été faicte en leur présence1. » 
Quelques renseignements pris plus tard, je trouvai l'acte de décès du premier neveu pré-cité, Pierre Delabarre : « L'an mil huit cent dix et le vingt sixième jour du mois d'octobre sur les neuf heures du matin, pardevant nous Louis Daveaux maire de la commune de Champagné le Sec, arrondissement de Civray, département de la Vienne, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil de la ditte commune, monsieur Denis Delabarre, prestre desservant de la commune de Savigné, y demeurant, frère du deffunt cy après nommé, et monsieur Henry Lacombe, officier de santé demeurant au chef-lieu de la commune de Chaunay, tesmoins lesquels mont déclarés que le vingt quatre de ce mois sur les sept heures du soir, monsieur Pierre Delabarre, prestre desservant de la cure dudit Champagné le Sec, âgé de cinquante six ans, est décédé en sa maison sur la ditte geure de sept heures du soir, fils de feus monsieur Jean Delabarre en son vivant propriétaire, et de demoiselle Marie Augris, de la commune de Darnac, département de la Haute-Vienne ; lequel dit sieur Pierre Delabarre est né à Rénulat, commune dudit Darnac ; et ont les dits tesmoins avec moy signé ; d'après que lecture dudit acte leur a été faitte2. »
Enfin, ceci étant, le second neveu, Denis Delabarre, mourait dans la commune qu'il desservait : « L'an mil huit cent vingt sept et le vingt six mai, pardevant moi, Joseph Albert, officier public de l'état civil de la commune de Savigné, canton et arrondissement de Civray, département de la Vienne, c'est présenté monsieur Jean Marcoux, âgé de cinquante-et-un ans, demeurant à Latus, et monsieur Huzèbe Roussel, prêtre desservant la succursale de Romagne, âgé de vingt-neuf ans, demeurant en sa mn au ditt Romagne, lesquels mont déclarés que monsieur Denis Delabarre, prêtre curé desservant de cette commune était décédé ce jour sur les cinq heures du soir en la maison curiale de cette commune à l'âge de soixante-huit ans ; d'après la déclaration qui ma été faite des tesmoins susse dénomés ; étant tous deux neveux du défunt, j'ai rédigé le présent acte qu'il se sont avec nous soussignés de ce interpellé, suivant la loi, lecture leur ayant été donnée du présent acte. A la mairie de Savigné, le jours, mois et ans que dessus3. »
Ce dernier acte nous permet de nommer un autre membre du clergé appartenant à la génération suivante, dont je perds la trace (sur le recensement de 1851, ce n'est plus lui qui dessert la paroisse).
Les renseignements que j'ai pu trouver sur le premier témoin, Jean Marcoux, indiquent qu'il était le fils de Jean Marcoux, cultivateur, et de Marie Delabarre, du village de Thiel, commune de Darnac4. Grâce à cette indication, j'ai pu mettre la main sur le dernier membre que je cherchais : la soeur de Jean Marcoux, Jeanne Julie Maroux, avait épousé, le 15 frimaire de l'an V, à Lussac-les-Châteaux, Pierre Roussel, marchand. Les registres de l'état civil de cette dernière commune m'apprirent la naissance d'Eusèbe Joseph Roussel, fils de ce couple, en date du 27 thermidor de l'an V.
Tout ceci nous donne bien plusieurs générations successives de curés au sein d'une même famille.
Jean Augry, époux de Marie de Genesteix5
Marie Augry, épouse de Jean Delabarre
Jean Augry (~1738-1806), curé de Civray
Marie-Anne Delabarre (~1752-?), épouse de Jean Marcoux, marchand
Pierre Delabarre (~1754-1810), curé de Champagné-le-Sec
Denis Delabarre (~1759-1827), curé de Savigné
Jeanne Julie Marcoux
(1773-?),
épouse de Pierre Roussel, marchand
Jean Marcoux (~1775-1833), époux de Françoise Bernard
Eusèbe Joseph Roussel
(1797-?),
curé de Romagne



1Archives départementales de la Vienne, Civray, D - 1802 (an XI-1806), v.67/74.
2Archives départementales de la Vienne, Champagné-le-Sec, D - 1793-1812, v.95 et 96/109.
3Archives départementales de la Vienne, Savigné, D - 1823-1830, v.75/123.
4 — en particulier son mariage, le 2 octobre 1793, à Lathus, avec Françoise Bernard, fille de feu François et de Sylvine Vergniaud. Lorsqu'il mourut, le 18 juin 1833, il était alors adjoint au maire de sa commune.
5 — ben tiens, savez-vous quand les archives de la Haute-Vienne seront en ligne, histoire qu'on puisse faire quelques recherches plus approfondies ? Les informations concernant la commune de Darnac font suite aux recherches de Laurence Brac (Geneanet).

samedi 22 mars 2014

Les mémoires du tilleul de Montalembert (J.-P. Groussaud)

Une ordonnance de 1605 signé Maximilien de Béthune, duc de Sully, surintendant des finances d'Henri IV, encourageait les paroisses à planter symboliquement un arbre sur la place publique.

Et c'est donc devant l'église Saint-Sylvestre de Montalembert, que le narrateur, un tilleul de Sully, fut planté.

De son piédestal, c'est quatre siècles d'histoire et d'amour de son village qu'il raconte.

Un livre à conseiller. Doublement.



Les mémoires du tilleul de Montalembertpar Jean-Pierre Groussaud, avec la collaboration d'Alain Texier, COPY-MEDIA, février 2014.

dimanche 2 mars 2014

Le document du mois

Dans le cadre du Geneatheme du mois proposé par Sophie (bon, je triche un peu, on est déjà au mois de mars), et pour fêter mes deux ans, je vous propose le document du mois.

Bon, quel document ?

Il y en a tellement que je ne saurais dire :
  • les registres paroissiaux...
  • les actes notariés...
  • les vieilles photos...
  • les plans...
  • les vieux livres poussiéreux, parfois numérisés (la même chose sans le papier et la poussière)...
  • les livres régionaux...
  • etc.
Il y en a tellement que je ne saurais dire...

J'ai choisi de vous présenter, tada, le plan de cadastre ancien de Savigné, dans le sud de la Vienne, porte ouverte de mes réflexions, qu'on trouve ici.

Archives départementales de la Vienne en ligne

Aussi, trouve-t'on quelques éléments portant sur l'histoire du village.

Ainsi, Section G, 3ème feuille, on trouve le village de Loing, scène d'un dramatique incident au XVIIIe siècle.

Archives départementales de la Vienne en ligne,
cadastre relevé sur le terrain le 1er décembre 1829

Ou alors la ferme de Fayolle, où est née ma mère, Section C, 2ème feuille. Les lieux ont bien changé.

Archives départementales de la Vienne en ligne

Dans cette même feuille, on trouve également le village de la Gilardière, dont les terres ont longtemps appartenu à l'une des branches de la famille Pontenier, mes recherches du moment. A l'heure actuelle, la Gilardière a disparu, englobé dans l'allongement de Vergné. Seul le manoir nous donne une idée de son existence.

Archives départementales de la Vienne en ligne

Etc. Il y en aurait tant à dire. Rendez-vous ici.

dimanche 19 janvier 2014

Y'a du mieux, mais c'est pas encore ça

Il y a un peu plus de deux ans, Alain Texier proposait, dans le forum du groupe d'entraide ge86, une énigme concernant un acte de sépulture peu ordinaire : l'inhumation d'un nombre importants de personnes, femmes et enfants, morts noyés à Saint-Saviol. Cette aventure culmina avec la découverte des greffes de la sénéchaussée de Civray, conservés aux archives départementales de la Vienne, dans lesquels on retrouva les minutes de la procédure judiciaire qui s'ensuivit. Ce travail fut accompli grâce à l'étude de Gloria, alias Lulu Sorcière, qui publia sur son blog les résultats de l'enquête.

Suite à ça, je m'intéressai à le meurtre, commis à Savigné, relevés dans l'index de ce greffe, par Adrien Buchey sur son frère Jean-Nicolas. Gloria et Alain m'apportèrent toute l'aide nécessaire. L'affaire Buchey vit le jour.

Il y a un peu plus d'un an, l'association des Amis du Pays Civraisien, garante de la sauvegarde du patrimoine historique et culturelle de la région, proposait à Alain de tenir une conférence sur la noyade. Celui-ci, de peur de ne pas proposer une conférence suffisamment longue, avait alors suggérer d'évoquer l'affaire Buchey en deuxième partie. Cependant, il ne le put, car, premièrement, il sut magistralement tenir la conférence sur la noyade, et deuxièmement, l'homicide de Savigné pouvait à lui seul faire l'objet d'une conférence.

C'est ce qui s'est produit en fin d'année dernière. On proposa à Alain cette conférence sur l'affaire Buchey, et il s'est retourné vers moi pour me proposer de la tenir, ce que j'ai accepté. A partir de là, quelques contacts peuvent en témoigner, j'ai subi une sorte de trac bizarre, c'était la première fois que je devais parler de généalogie devant un grand nombre de personne.

Finalement, une fois lancé, on oublie ce qu'on fait et les mots fusent pratiquement de façon naturelle. Je n'ai pas vu le temps passer et j'espère avoir bien rendu l'histoire (pas évident d'avoir un ressenti post-opératoire, on ne va pas venir me voir pour me dire que ce n'était pas terrible...). J'ai toutefois eu de bons échos, merci, donc, d'être venu m'écouter, et merci aux Amis du Pays Civraisien et à Mlle Rougier pour avoir organiser cette conférence. Et bien sûr, un grand merci à Alain pour le coup de main.

Cette conférence fit l'objet d'un article dans le journal local, article dont j'ai déjà évoqué les petites erreurs dans une note précédente :

Le Journal de Civray, édition du 19 décembre 2013

Dans un premier temps déçu, je m'étais fait à l'idée : pas grave ! Au moins, j'ai une belle photo de moi... C'est-y pas que des proches sont venus se plaindre et un second article parut il y a moins de deux semaines :

Le Journal de Civray, édition du 9 janvier 2014

Y'a du mieux, mais c'est pas encore ça ! Je crois qu'on a du mal avec mon patronyme, pourtant extrêmement local et pratiquement inchangé depuis 400 ans (variations avec Pisard, Puisard, Pissart, etc.). Pour info, je vous joins ci-dessous l'un des plus anciens baptêmes concernant mon nom, trouvé dans les registres paroissiaux de Civray (le plus ancien date de 1612, les registres commençant en 1611, on peut pas faire plus ancien) :

Archives en ligne de la Vienne, Civray, B - 1611-1615, v.88/104

Le troisième jour du mois d'avril mil six cent et quinze, en l'église Saint-Nicolas de Civray, par moi soussigné vicaire dudit Saint-Nicolas et de Saint-Pierre d'Exideuil son annexe, a été baptisée Suzanne Pissard, fille de Colas Pissard et de Marie Quaquette du village de Marigné, paroisse dudit Saint-Pierre d'Exideuil, et furent ses parrains Guillaume Texereau dudit Marigné et Suzanne Eymard du Moulin Minot susdite paroisse, en foi de quoi j'ai signé, les jours, mois et an...

A moins qu'on nous la fasse à la manière de Ligault, curé de la Charrière (Deux-Sèvres), concernant une famille Pissard (non connectée à ce jour aux familles civraisiennes), dont le patronyme était jugé tellement vulgaire que ce fameux curé le signalait dans les actes (tant et si bien qu'il donnait le patronyme de Charrière, la paroisse, au lieu et place de Pissard), comme par exemple :

Archives en ligne des Deux-Sèvres, BMS - 1700-1750, v.215/264

Le vingt deux mars mil sept cent quarante deux a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps d'Aimé Charrière vulgairement appelé Pissard décédé du jour précédent fils d'Alexis Charriere et de Jeanne Laidin, ont été présents Alexis Charriere, Louis Charrière, Jeanne Charrière, Laurent Charrière et autres qui ont déclaré ne savoir signer, le défunt âgé de vingt trois ans...

Après, je ne vais pas changer ce présent site en la Picarderie, désolé, mon patronyme, j'y tiens un peu.

jeudi 16 janvier 2014

Implexus

Lorsque j'ai commencé à travailler sérieusement ma généalogie, je me suis fixé quelques objectifs, comme des quêtes secondaires d'un bon jeu vidéo. Certains objectifs viennent s'ajouter aux autres, dont quelques-unes passent à la trappe faute de temps. En voici un échantillon :
  1. Remonter ma branche des Pissard (paternelle) le plus loin possible, ceci étant fortement perturbé par un mariage non filiatif en 1716.
  2. Trouver un couple en commun entre mon père et ma mère.
  3. Faire des études sur le patelin de Savigné, voire en faire un ouvrage sous une forme ou une autre (dans 105 ans je pense).
  4. Décortiquer la famille Buchey jusqu'à le connaître par coeur, et pourquoi pas, en faire un ouvrage.
  5. etc.
Le point n°5 reste à débattre.


Je suis heureux de vous indiquer que le point n°2 vient d'arriver à son terme. Enfin ! Mes parents sont nés à quelques km d'écart l'un de l'autre, j'ai eu grande peine pourtant à  leur trouver un ancêtre en commun (malgré quelques patronymes communs aux mêmes lieux).




Ainsi, voilà ma trouvaille (du côté maternel, il y a même deux chemins) :

Honoré Granger (~1611-1693)
& Marie Guyon












Jean Granger (~1640-1712)
& Marie Rogeon (1655-?)
Pierre Granger (~1640-1716)
& Marie Teillier (?-?)












Marguerite Granger (1679-?)
& Charles Garet
Pierre Granger (1687-1766) &
Marie Debenest (~1697-1729)
Marie Granger (~1688-1747) &
Pierre Goursaud (~1682-1742)






Pierre Garet (?-?), texier
& Jeanne Meunier (~1702-1777)
Jean Granger (1720-?) &
Marie Bernardeau (~1731-1771)
Michelle Goursaud (~1710-1761)
Jean Festy (1715-?)






Marie Garet (1737-1794),
& Pierre Roy (1737-1795)


Françoise Festy (1744-?) &
Jean Blanchard (~1738-1792)






Jeanne Roy (1766-1825),
& Jean Chevaux (1767-1848)
Marie Granger (1767-?), 
Louis Blanchard (1766-1808)












Jeanne Chevaux (1811-1882) &
Jean-Baptiste Guillaud (1808-1868)
Louise Blanchard (1797-1836)
& Pierre Sylvain René Deblais (1783-1835)






Marie-Hélène Guillaud (1837-1875),
& Pierre-Jacques Bardeau (1836-?)
Jean Deblais (1827-1891) &
Marie Dubois (1829-1910)






Marie-Léontine Bardeau (1863-1956)
& Charles Pissard (1859-1923)
Marie-Magdeleine Deblais (1854-1923)
& Pierre Rousseau (1847-1900)






Louis Pissard (1885-1932) &
Marcelline-Georgine Lebeau (1888-1981)
Jules Pierre Rousseau (1880-1964)
& Léontine Denis (1885-1981)






Roger Pissard (1926-1990) &
Jeanne Theulière (1932)
Marcel Rousseau (1907-1979) &
Raymonde Deverge (1913-1984)






mon père
Raymonde Rousseau (1933-2009)
& Michel Vallade (1932-2011)








ma mère












et bien sûr votre serviteur, moi