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lundi 27 juin 2016

Wagon mortel à Poitiers (1899), la suite

Bouh que je n'aime pas le W.
Dans la Vienne, ici, on ne le retrouve que dans Pwatoo et Pwatiers... alors...
Tiens, j'en profite pour ressortir le petit article de mon W de l'édition du challenge AZ 2013, qui rapportait l'accident qui coûta la vie à Auguste Pissard, chauffeur de train, le 24 septembre 1899, en gare de Poitiers.
On apprend, par la suite, que sa mort fait l'objet d'un contentieux entre sa veuve, Zélia Marie Bouquet, et la Compagnie du Chemin de fer d'Orléans. La Compagnie, en effet, doit une indemnité à sa veuve et à ses enfants, suivant les termes de la loi du 9 avril 1898. Et tout en reconnaissant devoir cette indemnité, elle conteste le calcul du montant de la rémunération effective allouée au sieur Pissard pendant les douze mois écoulés avant l'accident (laquelle doit servir de base à la fixation des rentes à sa charge).
La Compagnie prétend également faire venir en déduction de ces rentes les sommes versées par elle à la Caisse des retraites au nom et pour le compte de Pissard.
Le tribunal civil de Poitiers rend son jugement le 25 mars 1901.
Attendu que Pissard a touché, pendant la dernière année :
  • des appointements fixes de 1650 francs,
  • 1/24e de salaire jusqu'au commencement de chaque année, soit 68 francs et 75 centimes,
  • et pour primes diverses, 220 francs et 22 centimes (qui ont bien le caractère d'une rémunération pour services rendus à la Compagnie),
  • soit un total de 1938 francs et 97 centimes.
À ce stade, la Compagnie ne conteste pas ces montants.
En deuxième lieu, en ce qui concerne la caisse des retraites, les versements faits par la Compagnie pour le compte du défunt ont été prélevés non pas sur les salaires de ce dernier mais sur les bénéfices réalisées par la société.
Ils avaient pour objet d'assurer à Pissard et aux siens une retraite ou une indemnité dans le cas où il cesserait son activité, pour une raison ou pour une autre (et sa mort est l'une de ces raisons).
La loi de 1898 a pour objet de mettre à la charge du patron des indemnités ou rentes au profit de leurs ouvriers victimes d'accidents du travail ou de leur famille : la Compagnie a donc anticipé cette loi en assurant par avance la pension que la loi accorde. Le cumul des rentes demandées par la veuve Pissard avec la pension de la caisse de retraites équivaut, selon le tribunal, à une double indemnité, ce qu'il juge inadmissible. Par conséquent, il donne raison à la Compagnie, et retient 1938 francs et 97 centimes comme salaire de base.
La Compagnie doit en conséquence payer :
  • 387 francs et 79 centimes de rente annuelle et viagère à la dame Pissard,
  • aux 4 enfants Jeanne, Germaine, Rachel et Marius, la rente annuelle de 775 francs et 20 centimes, et ce jusqu'au 23 janvier 1902,
  • aux 3 enfants Germaine, Rachel et Marius, jusqu'au 19 octobre 1904, une rente annuelle de 678 francs et 30 centimes,
  • aux 2 enfants Rachel et Marius, jusqu'au 16 avril 1906, une rente annuelle de 484 francs et 74 centimes,
  • et au seul enfant Marius la somme de 290 francs et 70 centimes jusqu'au 22 juillet 1907.
Appel ayant été interjeté, la cour d'Appel de Poitiers a confirmé, par un arrêt du 8 juillet 1901, le jugement précédent.

Sources : Recueil spécial des accidents du travail, sous la direction de M. Villetard de Prunières, Paris, 1902.

dimanche 12 avril 2015

Mort subite par la chute d'un degré à terre

Quelle drôle de découverte peut-on faire lorsqu'on fouille dans les registres. Tenez, voilà la bien étonnante et curieuse cause de décès d'Antoine Nau, vieillard de 80 ans (ou environ), mort durant l'été 1684, et qui fut inhumé en présence de l'un de mes ancêtres, le menuisier François Lusson :




« Le seiziesme jour de juillet mil six cens quatrevingt quatre, a esté inhumé dans le cimetiere neuf Antoine Nau âgé de quatrevingt ans ou environ, estant decedé de mort subite par la chûte d'un degré a terre sans avoir peu recevoir les sacremens ; led enterrement fait par moy prestre soussigné curé de cette eglise de St Nicolas de Civray, et de St Pierre d'Exideuil son annexe, en presence de François Lucon, menuisier, Guillaume magnan, Simon Feuillet, Philippe Fantin, qui ne savent signer et autres. Veriet, prêtre curé susd. »




Archives départementales de la Vienne en ligne, Civray, BMS - 1682-1684, v. 88/98
Étant donné que mon ancêtre François Lusson était l'époux de Jeanne Naud, je me demande bien si le défunt n'était pas son beau-père, donc un de mes ancêtres.

vendredi 26 avril 2013

Wagon mortel à Poitiers (1899)

AD en ligne, cartes postales
On lit dans le Journal de la Vienne, des Deux-Sèvres et de la Vendée, Gazette des provinces de l'Ouest, édition des mardi 26 et mercredi 27 septembre 1899, n°225 :

Décidément, nous sommes dans une noire série ; les accidents mortels se succèdent à Poitiers avec une désolante rapidité. C'est ainsi qu'hier dimanche après avoir assisté aux obsèques du lieutenant Ménard, décédé dans les conditions que l'on sait, nous apprenions que la gare de Poitiers venait d'être le théâtre d'un affreux malheur survenu dans les circonstances suivantes.
Le train de marchandises n°2 124 venant de Saint-Sulpice-Laurière arrivait en gare à six heures cinquante-cinq minutes. Comme tous les convois de ce genre, celui-ci était aussitôt dirigé sans arrêt sur une voie spéciale, légèrement inclinée, et établie à quelques mètres de la porte de Paris. Là, les wagons devaient être lancés sur les diverses lignes qui longent la gare des marchandises.
M. Auguste Pissard, chauffeur de ce train, se conformant aux règlements, courut placer son falot à l'arrière du convoi ; puis il remonta sur sa machine tandis que celle-ci opérait un mouvement de recul.
Le malheur voulut que le cordon reliant le conducteur à la locomotive n'avait pas été enlevé. Pissard descendit donc pour le ramasser. Et c'est au moment où cet employé, accroupi sur le sol, procédait à l'opération, qu'il fut tamponné par le train de voyageurs n°885 de la Compagnie de l'Etat lequel, venant de Parthenay, arrivait à Poitiers à 6 heures 58.
Pissard fut projeté sous sa machine ; quand on le releva, son corps était réduit en bouillie ; les intestins sortis du ventre gisaient sur la voie.
L'infortuné Pissard avait été surpris par le train de l'Etat ; celui-ci ne circule, d'habitude, que les mercredis, mais il avait été mis en marche dimanche à l'occasion du concours de Parthenay.
La victime de cet épouvantable accident était âgée de 45 ans.
Pissard habitait le quartier des Mont-gorges, était marié et père de quatre enfants.
C'est à M. le chef du dépôt qu'est incombé la triste et délicate mission de prévenir la famille du défunt.
M. Bernardini, commissaire spécial de police, assisté due M. le docteur Comte, a procédé aux constatations légales ; puis les débris humains ont été transporté à l'Hôtel Dieu.

mardi 19 février 2013

L'empoisonnement de Champniers (1868)

C'est l'histoire d'une famille, quasiment décimée en l'espace d'une décennie.

Tout commence par un mariage, le 1er septembre 1851, à Champniers (86). Pierre Étienne SICARD, né vers 1826, fils de Louis et de Magdeleine BARBARIN, épouse Marie ARRAULT, née en 1826, fille de Louis et de Jeanne Renée DIDIER.


Très vite, la famille va s'agrandir dans le petit village d'Erveux (à quelques km de l'emprise de la future Vallée des Singes) : Marie-Louise, née en octobre 1852, puis Pierre Louis, né en 1854 et Céleste, née en 1857.
En mai 1860, Marie ARRAULT donne naissance à des jumeaux.
Célestin, le garçon, ne vivra malheureusement que deux jours. Madeleine, la fille, survit, mais conserve sans nul doute une santé fragile.
En 1865, naît la dernière, Victorine.

Oronge (Wikipedia)
Le 3 septembre 1868, la femme Sicard, prépare à l'huile de colza un plat d'oronges, cueillis par son mari.
Les deux filles, Madeleine et Victorine, ressentent les premières les effets du poison, qui se traduisent d'abord, pour Madeleine, par de forts battements de coeur.
Mais l'inquiétude grandit lorsque les filles sont prises de coliques, vers les 11 heures du soir, suivies de déjections et de vomissements qui alternent avec des périodes d'assoupissement.
Les époux Sicard tombent malades le lendemain, 24 heures après avoir mangé les champignons.
C'est encore par des battements de coeur, assez violents chez le mari, que se manifestent l'empoisonnement. Suivent ensuite, comme pour leurs filles, coliques, diarrhées et vomissements.
Pierre Étienne est le plus touché.

Le médecin Marie, de Sommières-du-Clain, est requis le samedi à midi, et n'a pas de peine à reconnaître les symptômes de l'empoisonnement. Il est trop tard pour les deux fillettes : Madeleine est déjà morte, et sa soeur Victorine meure le soir même, vers 11 heures.

Le docteur Verger est chargé de l'autopsie et conclut que "la mort doit être attribuée à une intoxication due à l'ingestion dans l'estomac d'une substance âcre et narcotique, vraisemblablement des champignons vénéneux ou mal assaisonnés, dont des fragments nombreux et volumineux ont été retrouvés dans l'estomac de Victorine. Aucune main coupable n'est intervenue dans ce malheureux accident." Le malheureux père Sicard s'éteint lui aussi, au moment même où on procède à l'autopsie de ses filles. Son épouse, elle, est sauvée.

Par une chance providentielle, les trois autres enfants du couple étaient en train de travailler chez des cultivateurs voisins et n'ont pas pris part au fatal repas.

Déjà fortement touché par la peine, la famille a le malheur de perdre Marie-Louise, 6 ans plus tard, à l'âge de 21 ans.

La vie continue pour la famille Sicard. En 1879, Céleste épouse Louis MERCIER, cultivateur, et  Pierre Louis, en 1881, se marie avec Jeanne ROCHER.

Sources :
  • Archives départementales de la Vienne (état civil, recensements, etc.) ;
  • Le courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, 8 septembre 1868 ;

mardi 16 octobre 2012

C'est ce qu'on appelait dans le temps "avoir la Foi"

La recherche d'une ancêtre, Jeanne Delafond, m'a fait découvrir cet acte de sépulture un peu insolite. L'insistance du curé pour prouver la Foi du défunt est bien inhabituelle :

AD en ligne, Blanzay, BMS - 1742-1752, v.37/92
AD en ligne, Blanzay, BMS - 1742-1752, v.38/92

"le treize juillet 1745 après que françois pelain du village de chez bouton paroisse de st-romain, et jeanne delafond son épouse, ont affirmé que défunt pierre brun avoit fait son devoir paschal à champniers et que mr le curé étoit content de luy et que jeanne texereau sa cousine antoinette brun sa soeur andré condac son cousin demeurant au village des champs jean dyon aussi son cousin ont affirmé la mesme chose et qu'il faisoit son devoir paschal et nommement cette dernière année nous avons donné la sépulture chrestienne a défunt pierre brun fils légitime de défunt pierre brun et de jeanne delafond en premières noces lequel est décédé le douze du présent en cette paroisse de blanzay estant tombé du haut d'un cerisier sans avoir pu parler avant d'expirer on lui a trouvé un chapelet dans sa poche qui avec les témoins ci-dessus est une preuve de sa catholicité fait à blanzay le treize du présent mille sept cent quarante cinq"

Cet acte étrange m'apporte - quand à moi - de nombreux détails à exploiter pour remonter la piste du couple Pierre Brun/Jeanne Delafond. La soeur du défunt, Antoinette, citée dans l'acte, est mon ancêtre.

PS : c'est mon deuxième tué par un cerisier (pour Gloria)... Ah, l'attaque des cerisiers tueurs du Poitou !