mardi 7 mai 2013

Servant, Jacques Marie Georges (1850-1926)

Nécrologie des maires de Poitiers

On lit dans L'avenir de la Vienne, vendredi 29 janvier 1926 :

M. Georges Servant, ancien sénateur de la Vienne, président de la Chambre de Commerce de Poitiers, est décédé la nuit dernière, à sa propriété de Mignaloux, à la suite d'une maladie qui le tenait alité depuis quelques semaines. Il était âgé de 76 ans.
Physionomie poitevine sympathique, M. Georges Servant était un de ceux qui connurent la grande popularité. Lorsque, en 1888, étant à la tête de la Maison de commerce de ses aïeux, une des plus vieilles firmes de notre place, il entra avec une série de candidats républicains au Conseil municipal de Poitiers où il devait siéger pendant plus de trente ans, — il était alors « Monsieur Georges » pour tous les habitants de la Grand'Rue, de Montbernage et de St-Saturnin.
D'abord adjoint, puis maire de Poitiers de 1895 à 1898, c'est sous son administration qu'avaient été exécutés le réseau des Tramways électriques et la reconstruction du pont de Rochereuil.
En 1895, le Canton Nord l'avait envoyé siéger au Conseil général de la Vienne dont il fut le vice-président, jusqu'en 1919.
En 1907, candidat à une élection sénatoriale partielle pour le remplacement de M. Demarçay, décédé, M. Servant fut élu. Puis, aux élections générales de 1909, il était réélu sénateur avec ses collègues sortants de la liste républicaine radicale. Il ne fut pas réélu en 1920.
Longtemps juge au Tribunal de Commerce, M. Servant, en 1901, à la création de la Chambre de Commerce, avait été élu président de cette compagnie, fonction que la confiance de ses collègues lui a renouvelée sans interruption jusqu'à cette année.
Dans ses magistratures consulaires ou politiques, M. Georges Servant fut un citoyen actif et dévoué qui sut gagner l'estime de ses concitoyens. Avec lui disparaît un vétéran des luttes républicaines, et, en nous inclinant devant son cercueil, nous prions sa veuve et ses enfants d'agréer l'hommage de nos biens vives condoléances.

dimanche 5 mai 2013

Le moulin de la Pérade

Le hasard total peut parfois faire pousser nos arbres d'un coup sans coup frémir. Ce fut le cas sur un ancêtre, qui prit subitement plusieurs ancêtres. J'étais bloqué sur mes ancêtres Jean Blanchard, meunier au moulin de Rochemeaux, à Charroux (Vienne), et ses parents, François et Catherine Gasneau :


Cette branche resta longtemps sans suite, jusqu'à ce que je mette la main sur le mariage suivant, à Asnois (Vienne) :


AD en ligne, Asnois, BMS - 1709-1726, v.107/108
aujourd'hui ce 4e 9bre 1726 après avoir publié les bans du future mariage dantoine et de marie blanchard lun et l'autre demeurant cy devant au bouchage pendant trois dimanches ou jours de festes consecutifs sans qu'il s'y soit trouvé aucun empeschement civile ny canonique qui soit venu a ma connoissance vue le certificat de mr le curé du bouchage en datte du premier novembre 1726 et signé faüre curé du bouchage auxquels il ne sest trouvé non plus aucun empeschement, comme il apert par le dit certificat de mr le curé et son consentement ce qui fait que je leurs ay donnay la benediction
AD en ligne, Asnois, BMS - 1709-1726, v.107/108
nuptiale en face de nostre mere ste eglise cat. apost. et rom. l'un et l'autre s'y estant disposé par la fréquentation des sts sacrements, et ce en presnce de rene chardat, père du proparlé, de jean et silvain chardat, ses freres, de jeane gaillarde mere de la proparlée, de catherine ganaud sa belle soëur, de françois blanchard son frère, de charle ganaud, de jean deschamps et de plusieurs autres parents et amys qui ont tous declarés ne seavoir signer de ce enquis — suivant lordonnance sof le soubsigné.
Ce furent les témoins de la mariée qui m'intéressèrent : Catherine Ganaud sa belle-soeur, François Blanchard, son frère, et Jeanne Gaillard, sa mère. J'avais du coup les parents de mon aïeul François Blanchard.

Je ne tardai pas à découvrir l'époux de Jeanne Gaillard, en tout cas son inhumation :


AD en ligne, Charroux, BMS - 1705-1711, v.43/111
Le vingt septie jour de may 1707 a esté inhumé au cimetiere le corps de françois blanchard meusnier au moulin de la perade age de trante huit ans ou env lequel se trouv noyé dans la charente au dessus dud moulin le vingt six dud moulin et levé par la justice de rochemeaux, en presence de jeanne gaillard sa femme morice blanchard son frère jean pastoureau son beau frère et autres. F Sorin ptr et curé.
Encore un meunier !


J'étais tombé sur une lignée de meuniers dont l'étude ne fait que commencer. Cette inhumation, de plus, révèle que mon aïeul mourut noyé dans la Charente, sur le site du moulin de la Pérade dont il était le meunier. Enquête à suivre, on verra bien !

samedi 4 mai 2013

Jacques Petit, sieur de la Bougonnière (4)

insi soit-il, je fais suite à mes deux précédents articles, évoquant l'expression "cousins issus de germain". Je compte clore le chapitre de Jacques Petit, sieur de la Bougonnière, quoique, je vais vous dire franchement, il se pourrait que j'y revienne dans deux jours. Il est ma bête noire, ma Némésis, et je ne me lasse pas d'y revenir... L'avenir me donnera tort ou raison, qui vivra verra !




Il y a un détail, dans mon précédent article sur Jacques Petit, que je n'ai pas développé volontairement. Un détail insignifiant, presque anecdotique, mais... Il s'agit de la seule piste de la filiation de mon aïeul : il s'agissait de la mention du contrat de mariage en date du 20 septembre 1706 passé par René Imbert, sieur de Saizon, fils de feu Jacques Imbert, sieur de la Bertranderie, et de feue Perrine Michellet, agissant sous l'autorité de Jacques Petit, sieur de la Bougonnière, son curateur et par Catherine Polasqui, reçu devant Marrot, notaire à Poitiers. Parmi les témoins, on remarque Pierre Robert, sieur du Nougeraye, cousin issu de germain du proparlé.

Qui était-il ?

Pierre Robert était le fils d'Alexandre Robert, marchand d'abord, puis notaire, et de Françoise Petit. Cette dernière était la soeur de mon ancêtre. Alexandre Robert, que je connaissais déjà, était le frère de deux de mes ancêtres, Perrette, épouse de Louis Girardière, et de Gaspard, sergent baillarger et notaire à Sommières-du-Clain (Vienne), époux de Perrette Bot. Ce sont tous des enfants de Jean Robert, marchand à Champniers (Vienne), et d'Antoinette Garnier (il y a encore plusieurs frères et soeurs).

L'une des premières mentions d'Alexandre Robert et de Françoise Petit peut-être trouvée sur les registres paroissiaux de Champniers justement, en date du 23 avril 1680 :


AD en ligne, Champniers, BMS - 1668-1680, v.102/110
Il s'agit justement du baptême de Pierre Robert, sieur du Nougeraye. Suivront une soeur, Françoise, baptisée en cette même paroisse le 22 avril 1682, puis trois autres soeurs dont je n'ai pas retrouvé le baptême : Marie, Henrie et Marie-Jeanne. Alexandre Robert demeure ensuite à Savigné, au village de l'Érable, comme le laisse apparaître l'inventaire après décès d'un Jean Petit, en date du 3 octobre 1685, dans lequel il est mentionné (je tiens à rappeler que les registres paroissiaux de Savigné ne commencent qu'en 1700, à l'exception des baptêmes de 1640 à 1644). Alexandre Robert mourut entre 1693 et 1701, et je trouvai l'inhumation de Françoise Petit en date du 26 décembre 1712, à Ardilleux (Deux-Sèvres), paroisse où vit également son frère.

En reprenant les éléments que j'ai donné dans l'article précédent sur Jacques Petit, l'ascendance de Pierre Robert donnerait donc :


Il ne me manque que la mère de Françoise, et de mon ancêtre Jacques Petit, sieur de la Bougonnière.




Le contrat de mariage de René Imbert nous apprend qu'il était le fils de Jacques Imbert, sieur de la Bertanderie, et de Perrine Michelet. Je tiens à remercier personnellement Marie-Hélène, du ge86, qui m'a beaucoup aidé sur ce contrat.
C'est également grâce au ge86 que je découvris le contrat de mariage de ce couple : Jacques Imbert et Perrine Michelet signent un contrat de mariage en date du 11 juin 1663, reçu par Gaultier, notaire à Poitiers.
Perrine Michelet, née vers 1648, était la fille de Louis et d'Hilaire Sauvestre. Elle fut inhumée le 26 octobre 1698, à Notre-Dame-l'Ancienne de Poitiers.
Quant à Jacques Imbert, il appartient à deux des plus grandes familles qui ont vécu à Savigné : les Imbert, avec comme représentant son père Jean Imbert, sieur de la Brousse, et Henrie Maron, sa mère. Ces deux familles feront l'objet, bientôt je l'espère, d'articles que je leur consacrerai. Nous avons donc l'ascendance de René Imbert, comme suit :


D'où mon interrogation, l'élément qui me manque, l'épouse de Jean Petit, est très certainement une Imbert, une Maron, une Michelet ou une Sauvestre, pour que le lien de "cousins issus de germain" fonctionne... Et pourtant ! 
Après avoir recherché en vain un mariage Petit-Imbert, Petit-Maron, etc., je me suis surpris à réfléchir intelligemment.
Jacques Petit et sa femme Catherine Dunoyer étant plutôt de Savigné, tout comme Alexandre Robert et sa femme, je négligeai la piste des patronymes Michelet et Sauvestre, qui étaient installés sur Poitiers.
De plus, Jacques Petit, mon ancêtre, devait être sacrément proche du couple Imbert-Michelet pour avoir été curateur aux causes de la plupart de leurs enfants (ils en avaient eu 11 en tout), il n'était certainement pas le voisin de palier.

Lors de mes farfouillages dans les notaires de Civray, je tombai tout de même sur un acte plutôt intéressant... non, plutôt anecdotique. Il s'agit d'un acte en date du 26 octobre 1661, reçu par Surreau (4E/74/25), dans lequel Pierre Rousseau et sa femme, Françoise Debenest, demeurant à Vergné, paroisse de Savigné, vendent des terres sur Vergné à un certain Jean Petit, marchand demeurant à l'Érable. Cet Jean Petit présente une très belle signature, et dans ma quête de Jacques Petit, j'avais entrepris de collectionner les signatures Petit.
Quelques années à rebours plus tard, je découvris le testament de ce Jean Petit, fait en faveur de sa femme en date du 26 août 1655 (Surreau, 4E/74/22) : Françoise Imbert !

C'est dans ce genre de situation que le silence bruyant de la salle des archives se fait entendre !

Je tenais ce que je cherchais, du moins je le pensais, il restait cependant les détails. Le ge86 m'apporta une réponse supplémentaire. Une fille de Jean Imbert, sieur de la Brousse, et d'Henrie Maron, Élisabeth, épousa par contrat de mariage, en date du 4 février 1665, devant Surreau, Jean de Lesmerie, sieur du Broc. Dans cet acte, figure en bonne place ce Jean Petit, beau-frère de l'épouse : tiens, donc, Françoise Imbert, sa femme, est donc une fille de Jean et d'Henrie Maron ! Je découvris même un acte d'échange entre Jean Petit et Jean Imbert, sieur de la Brousse, en date du 4 septembre 1663, toutes les parties habitant à l'Érable !

Ce qui me permit (hypothétiquement) de compléter l'ascendance de Pierre Robert :





Ce qui faisait, entre Pierre Robert et René Imbert, le lien suivant :




Attention, je tiens à indiquer que les deux derniers tableaux sont des hypothèses de recherche, ça ne sert à rien de les copiller sur geneanet ou tout autre site sans les avoir valider !





D'où mon petit laïus sur les "cousins issus de germain". Dans mes deux précédents articles, je donnai deux définitions de cette expression. Donc :
  • soit la première définition doit s'appliquer (à savoir une parenté au 3ème degré en ligne égale et collatérale), et alors, mon hypothèse n'est pas valable ;
  • soit je tiens compte de la deuxième définition (parenté de 2 par 3, en ligne non égale), et mon hypothèse tient parfaitement la route ;
Pour conclure, et j'ai vraiment du mal à me libérer de ma Némésis, je tiens à signaler un détail fourni par Alain (merci, merci !) et tiré de l'Histoire de Civray, de Bobe (1935) : dans la liste des maîtres apothicaires de Civray, l'auteur signale l'existence d'un Jacques Petit, sieur de la Bougonnière, et Françoise Imbert, sa femme (1654), puis Jean Petit (1667). Sachant que l'auteur ait pu faire erreur sur le prénom de l'époux de Françoise Imbert, je considère vraiment mon hypothèse comme valide.

Merci et à bientôt.

vendredi 3 mai 2013

Cousins issus de germain - 2ème partie

Cette seconde partie vient contredire ce que je disais précédemment. Il s'inscrit dans la tentative de cerner l'expression "cousin issu de germain", et qui prouve qu'on ne doit pas rester statique face aux éléments qui nous sont révélés dans les registres.



Je suis parti du superbe mariage, entre Françoise Dunoyer et François Foucher d'Aubigny, célébré le 4 août 1767 à la Chapelle de Beaulieu d'Anxaumont (commune réunie à celle de Sèvres par ordonnance du 19 avril 1820, Vienne). La mariée se rattache par ailleurs à l'étude de mes Dunoyer, diffusée il y a quelques temps.

Je ne résiste pas à l'envie de le placer ci-dessous :

AD en ligne, Anxaumont, BMS - 1753-1792, v.53/146
AD en ligne, Anxaumont, BMS - 1753-1792, v.54/146
AD en ligne, Anxaumont, BMS - 1753-1792, v.59/146
Le quatrième jour du mois d'août mil sept cent soixante sept après les publications de bans faites dans les paroisses de Saint-Didier et de Saint-Michel de la ville de Poitiers sans qu'il se soit trouvé aucun empêchement ni canonique ni civil comme il appert par les dispenses accordées par monseigneur l'Évêque en date du trois août, ont été marié en face de notre mère la Sainte Église catholique, apostolique et romaine, dans la chapelle de Beaulieu de ma paroisse, suivant la permission accordée par mon dit seigneur, François Fouché d'Aubigny, bourgeois de la ville de Poitiers, fils majeurs de monsieur François Fouché d'Aubigny et de feue Louise Flammant, ses père et mère, et demoiselle Françoise Dunoyer, fille majeure de feu Philippe Nicolas Dunoyer, sieur de la Laubenelière, et de Marie-Thérèse Danfer, ses père et mère, laquelle bénédiction nuptiale a été donnée en ma présence et autres soussignés et par messire Olivier Joseph Bourdin de Fréville, prêtre vicaire de Saint-Cybard de Poitiers, en présence de maître Félix François Goussoy, greffier des eaux et forêts de Poitiers, ami du marié, et porteur du pourvoi dudit sieur Foucher d'Aubigny père par sa lettre écrite à sa fille de la ville de Tours, le vingt-quatre juillet dernier, et le pourvoi spécial daté de Paris du dix-huit dudit mois, déposées en l'étude de maître Hubert, notaire à Tours, l'expédition signée de lui et de Dreux son confrère, en date du vingt-quatre du mois de juillet, contrôlé à Tours le même jour, qui demeure avec la dispense de l'évêché joint au présent registre, encore en présence de demoiselle Charlotte Suzanne Dunoyer, tante de la mariée, de maître François Conneau des Fontaines, procureur au présidial de Poitiers, de demoiselle Marguerite Suzanne Bourdin de Fréville, son épouse, de Henriette Bourdin de Fréville, sa soeur, cousine germaine de la mariée, de maître Michel Clergeau, bourgeois de la ville de Poitiers, dame Victoire Conneau des Fontaines, son épouse, et demoiselle Julie Conneau des Fontaines, sa soeur, cousines issues de germain de la mariée et autres soussignés.



Le point qui m'intéresse est mentionné à la fin : Victoire Conneau et Julie Conneau étaient des cousines issues de germain de Françoise Dunoyer.

Je vous propose donc de rechercher leurs filiations.

Françoise Dunoyer fut la fille de Philippe Nicolas Dunoyer, qui avait épousé Marie-Thérèse Denfer, fille de Jean, fermier de Coulonge, et de Catherine Cherne, le 24 novembre 1733 à Chaix (Vendée). Inhumé le 27 mars 1761 à Chavagnes-les-Redoux (Vendée), il avait été baptisé le 9 mai 1708 à Saint-Cybard de Poitiers. Il fut le fils d'Isaac Dunoyer, né vers 1644 et inhumé le 27 avril 1710, et de Marguerite Poignand, née vers 1669 et inhumée le 19 novembre 1720, tous les deux à Saint-Cybard de Poitiers.
Enfin, si j'ai évoqué dans mon étude sur les Dunoyer que les parents d'Isaac furent François Dunoyer, sieur du Béraud, et Catherine Caillaud, les parents de Marguerite Poignand étaient Jean Poignand et Françoise Deferré. Ce qui nous donne l'ascendance suivante :


Marie-Victoire et Julie Conneau furent les filles de François Étienne Nicolas Conneau,  sieur des Fontaines, procureur au présidial de Poitiers, l'un des bourgeois de l'hôtel de ville, et de Marguerite Suzanne Bourdin. Lui, né vers 1710 et inhumé le 26 juillet 1768 à Saint-Cybard de Poitiers, fut le fils d'Étienne, notaire de Saint-Pardoux (Deux-Sèvres), et de Françoise Gaillard. Elle, baptisée le 5 janvier 1713 à Saint-Cybard de Poitiers et inhumée au même lieu le 10 avril 1770, fut la fille d'Henri Bourdin, sieur de Fréville, procureur au présidial de Poitiers, et de Jeanne Suzanne Dunoyer.
Enfin, Jeanne Suzanne Dunoyer était la fille aînée d'Isaac Dunoyer et de Marguerite Poignand, déjà évoqués plus haut, ce qui nous donne l'ascendance suivante :


Ce qui m'amène à la connexion suivante :


Étonnant ? Voilà le contre-exemple de mon premier article.

La troisième partie de cet essai sur le terme "cousins issus de germain" concernera mon aïeul Jacques Petit, sieur de la Bougonnière.

(à suivre)

jeudi 2 mai 2013

Cousins issus de germain - 1ère partie

Voilà un essai en 3 parties sur un point qui me pose problème. Dans ce premier article, je vais traiter d'un cas simple. Mon but, au bout de ces trois articles, sera de déterminer ce que veut vraiment dire l'expression "cousin issu de germain".
J'imagine que l'on a tous en tête la définition suivante : "sont cousins issus de germain les enfants de cousins germains".

Voilà dans ce premier article la définition exacte de cette expression.



Je vous avais parlé, il y a quelques temps, de mon ancêtre Marie-Anne Janneau, fille de René et de Stéphanie Guilloteau, qui m'avait orientée vers les Bouquin de Poitiers.


Stéphanie Guilloteau est la fille de Pierre et de Marie Chein, dont le mariage de la R.P.R. fut célébré le 12 octobre 1655 à Payré (Vienne). Quant à René Janneau, il était le fils de François Janneau et de Françoise Brusseau, mariés à Vivonne (Vienne) le 24 février 1672 :

AD en ligne, Vivonne, BMS - 1671-1672, v.57/86
AD en ligne, Vivonne, BMS - 1671-1672, v.57/86
L'ascendance de mon aïeule Marie-Anne Janneau est ainsi définie comme suit :


Grâce au ge86, je tombai sur les mariages d'une soeur et d'un frère de Marie-Anne Janneau :
  • Marie-Anne la jeune, qui épousa le 28 novembre 1736, à Payré, Gabriel Babault ;
  • Pierre, qui passa un contrat de mariage en date du 16 juillet 1736 devant Aymé, notaire à Couhé, avec Marquerite Auzanneau. Le proparlé y signe en présence de Joseph Leblois, prêtre curé de Saint-Martin de Curzay, son cousin issu de germain ;
Par curiosité, je me demandai donc par quel lien se rattachait ce curé, considérant que Joseph Leblois était également le cousin issu de germain de mon aïeule Marie-Anne.

Signature de Joseph Leblois en 1719
Le premier acte trouvé à Curzay (Curzay-sur-Vonne, Vienne) et portant sa signature est un mariage célébré le 22 août 1719. On y lit qu'il était, à cette date, à la fois curé de Curzay et de Moutardon (commune associée en 1972 à Nanteuil-en-Vallée, Charente).

Je ne tardai pas à trouver l'acte de sépulture de ce curé en date du 7 juillet 1743 :

AD en ligne, Curzay-sur-Vonne, BMS - 1741-1755, v.14/101
La recherche de la filiation à partir de Joseph Leblois se révélant infructueuse, je suis parti en quête de son frère, Pierre Leblois, et de Louis Péraudeau, son beau-frère.

Un tour d'horizon des communes alentours me permit de découvrir le mariage de Pierre Leblois, en date du 26 février 1726, à Montreuil-Bonnin :

AD en ligne, Montreuil-Bonnin, BMS - 1720-1736, v.52/138
Pas d'élément filiatif, mais on notera bien la présence de Joseph Leblois et de Marie-Anne Leblois, frère et soeur de l'époux.

Du coup, je passais à la soeur : Marie-Anne Leblois avait épousé, le 11 janvier 1725, à Curzay-sur-Vonne, Louis Péraudeau (prénommé François dans cet acte). Malheureusement, ce mariage est également non filiatif.

Cependant, grâce à l'aide du ge86 de nouveau, je découvris que ce couple avait passé un contrat de mariage devant Le Carlier, notaire à Poitiers (oncle de la proparlée), en date du 4 janvier 1725. Ce mariage m'apprit que Marie-Anne Leblois était la fille d'Émery Leblois, maître cierger, et de Jeanne Cothereau. De fait, j'avais déjà cette filiation dans le coin de ma tête, car j'avais précédemment découvert cette note, dans le dépouillement des registres paroissiaux de Poitiers :


Ce même dépouillement me donnait rapidement l'ascendance de ses parents :


Ce qui me donne l'ascendance du curé Joseph Leblois :



De plus, il faut rechercher un peu plus loin dans le temps pour découvrir ce qui se passait avant. Comme l'indique le mariage placé au début de cet article, François Janneau fut le fils de Georges Janneau, marchand à Poitiers, et de défunte Renée Barrault.

Le mariage de Jean Cothereau et de Catherine Janneau fut célébré à Saint-Porchaire de Poitiers, le 24 février 1653, et n'étant pas filiatif, ne donnera pas la solution immédiatement. Il faut toutefois se reporter aux témoins du mariage de François Janneau et de Françoise Brusseau, qui donne — si vous lisez bien — Jean Cothereau, beau-frère de l'époux. Bilan : Catherine Janneau est bien une fille de Georges Janneau !

On retombe sur nos pattes. Georges Janneau est bien l'aïeul en commun entre Marie-Anne Janneau et Joseph Leblois, et le lien de cousin issu de germain est confirmé !


(à suivre)

mardi 30 avril 2013

Zoologie lupestre

Y es-tu ? Le loup de Bourbon-l'Archambault (Allier)


Une petite histoire zoologique (parce que, hein, le Z, ça fait pas vraiment poitevin), qui me vient d'un cousin généalogique, Daniel, qui la tient de M. Bartoux (et je vous en remercie tous les deux). Je sors quelque peu du Poitou natal pour m'orienter vers un secteur que j'ai bien connu, pour y avoir vécu quelques années.


Une petite histoire qui se passe en 1738 :

AD en ligne, Bourbon-l’Archambault, BMS 1692-1740, vue 1015/1078
Le même jour et an que dimanche de la quinquagésime seizième febuvrier a été inhumé dans le cimetière damiens ridet, fils de jacqus ridet, fandeur en la loge des vesvres dépendante de la mothe et de marie aneler ses père et mère, décédé hier en l’hôtel dieu de cette ville, agé d’environ douze ans et quatre mois et munis de tous les sacrements. Thazellet, curé.
Observation, explication de l’accident :
Le lundy vingtième janvier dernier environ le neuf heures du matin ledit damien ridet étant alles a une petite mauvaise fosse derrière leur logé, son père étant dedans ladite loge, l’entendit qu’il crioit mon père, mon père, son dit père étant sorti pour aller a luy, il vit un loup qui le tenoit entre ses jambes, qui le dévoroit, son père se jetta sur le loup et le saisi au travers du corps et le loup pour le de prendre de sa gueule.
Ledit loup se jetta sur ledit père et luy dévorat une main et luy fit plusieurs autres morsures a la teste et sur les autres partyes du corps, et ledit loup le laissa après un coup de fusil qui fut tiré sans blesser ledit loup, qui en continuant sa fuite rencontra en son chemin un coupeur de bois nommé françois thibault dit colas, se jetta sur luy n’ayant rien pour se défendre, le dévorat, luy ayant mangé les mains, emporté, déchiré le visage, partye de la teste ou téguments. Ces trois personnes furent conduites et ammenés à l’hotel dieu ou ils ont été traités longtemps et sont gueris a l’exception dudit damiens ridet, et qui avoit été mordu et dévoré le premier, qui est mort, comme cy dessus est dit. Ledit loup fut tué a coup de cognié dans ledit bois des vesvres par les auprains, frères, quoyque mordus aussy, ils nont point encore de mauvaises suites.

Merci.

lundi 29 avril 2013

Yves, 16 ans et demi (1930)

Habitué au Poitou natal, je me transporte par delà les lieux et je vous entraîne à ma suite pour vous emmener vers Saint-Nazaire, pour une histoire qui s'est déroulée en 1930 et qui concerne un parent, un drôle de garçon.




L'Ouest-Éclair, édition de Nantes du 31 mai 1930, annonce un petit fait divers : la veille, M. Émile Le Thiec, peinte à la Châtaigneraie, hameau de Saint-Nazaire, découvrait qu'un cambrioleur s'était introduit chez lui en profitant de son absence. Une fouille des meubles et tiroirs avait laissé un désordre indescriptible. Sautant sur sa bicyclette, il avait aussitôt prévenu la gendarmerie. C'était le prélude à une fantastique aventure de roman-ciné.


C'est une maison tout au bout du chemin de Sautron. Au rez-de-chaussée d'une maison toute neuve, coiffée d'ardoises, Ker-Yves Florance donne asile à la famille Coulonnier. Le mari est employé au service de la répurgation de la ville de Saint-Nazaire. La femme, malgré une santé chancelante, lave le linge des familles riches des alentours. Un seul fils : Yves, 16 ans de demi.

Dorloté par ses parents, Yves dévore en secret des romans policiers. Pour lui changer les idées, on décide de l'envoyer à Cholet chez des amis. Tout sa famille le croit parti, alors qu'on l'aperçoit dans les bals de Saint-Nazaire.

Qu'est-ce qui le pousse à se rendre à la Châtaigneraie, le vendredi 30 mai ? Nul ne le sait.

Il s'introduit dans la maison de M. Le Thiec, pourtant réputé pour ne pas être très riche, et vole un revolver, trois cartouches, une montre et un diamant à couper le verre.

Nul ne sait ce qu'il fait, cette nuit-là. Toujours est-il qu'il se présente, le lendemain, chez Mme Merreau, marchande de poissons. C'est un brave femme, que tout le monde connaît à Saint-Nazaire, et qui a le coeur sur la main. Elle connaît le petit, et lui dit, en l'apercevant :

— Comme tu es pâle ! Serais-tu donc malade ?
— Non pas, lui répond le jeune homme. Je reviens de voyage, j'étais à Cholet ; en arrivant à Sautron, j'ai trouvé porte close, mes parents sont partis aux Sables d'Olonne. Alors je me promène en attendant leur retour.
La marchand l'invite chez elle et lui offre le café avec une tartine de beurre.
— Dépêche-toi d'avaler cela, lui dit-elle, il faut que je parte au marché.
Le jeune homme obéit, puis sort et s'enfonce dans la campagne. La marchande part pour le marché, mais Yves revient sur ses pas. Avec le diamant, il coupe une vitre d'une fenêtre du logement de Mme Merreau, pénètre dans l'appartement et bouleverse tout. Il trouve, dans une armoire, 15000 francs.

Yves se rend ensuite à Villès-Martin, chez M. Le Gall, qui tient le restaurant « Mon Idée ». Il commande un copieux déjeuner, retient une chambre pour deux jours et s'en va vers Saint-Nazaire où il achète quelques menus objets, dont une montre-bracelet de forte valeur.

Le jeune homme, revenu à « Mon Idée », gagne sa chambre et rencontre Marguerite, la fée des lieux. Il ne peut s'empêcher de lui montrer ses achats. Celle-ci a des doutes, en parle au tenancier, dont l'établissement est fréquenté par une multitude de gens de tout horizon. Justement, voilà Mme Merreau qui passe : cette dernière lui avoue avoir découvert sa maison cambriolé, après son retour du marché. Tout de suite, M. Le Gall soupçonne le jeune homme du forfait et préviens les gendarmes, déjà en alerte par le vol de la veille, chez M. Le Thiec.

C'est l'adjudant Bouron, commandant par intérim la brigade de l'arrondissement, qui est averti que le présumé voleur se trouve à « Mon Idée ». Aussitôt, une voiture emmène une dizaine de gendarmes et trois gardes républicains, qui, arrivés sur les lieux, prennent position autour du cabaret. Ils ne sont pas discrets, car le jeune homme les aperçoit de sa fenêtre : il saute du premier étage dans le jardin, jette — sans être remarqué — ses objets de valeurs et 2000 francs dans une bouche d’égout et disparaît.

Il court, Yves, il court !

Les gendarmes retrouvent les objets jetés, on se masse dans le souterrain qu'on explore, en vain. Le jeune homme n'est pas là-dedans : il a tout simplement traversé deux ou trois jardins privés avant d'arriver à la villa la « Pomponette », propriété de Mme Goss et occupée par M. et Mme Guengan, d'anciens tenanciers.

L'apprenti malfrat pénètre dans la maison et referme la porte sur lui. Il s'installe comme chez lui, fouille les meubles, vole quelques centaines de francs et déniche quelques victuailles et deux bouteilles de champagne. C'est parce qu'il s'attarde sur ces délices qu'il est surpris par les locataires, arrivant vers 13h30.

Mme Guengan s'aperçoit que sa porte est fermée de l'intérieur. Elle demande à son mari son revolver et tire trois coups en l'air. Le mari — penaud sans doute — court vite avertir les gendarmes, qui eux, gardaient toujours la bouche d'égout, quelques pâtés de maison plus loin. On cerne très vite la maison.

En sortant de la villa « Pomponette », le garçon est complètement éméché par l'alcool qu'il a consommé. Avec l'agilité d'un chevreuil, il saute par-dessus le mur de clotûre de la villa et tombe dans la ruelle des Marronniers. Les gendarmes sont là, mais n'osent intervenir. Ils se tiennent quand même aux aguets, le garçon est armé !

Soudain, tel un vieillard d'un conte de l'Antiquité, le grand-père du garçon — sans doute averti par les gendarmes était-il venu sur les lieux — se précipite sur son petit-fils comme pour venir lui reprocher ses forfaits. Yves prend peur, attrape le revolver et avant même qu'on puisse l'en empêcher, se tire une balle dans la tête.