samedi 7 mai 2016

La Pierre-Pèze

L'autre jour, rentrant d'une journée bien éreintante passé dans l'Angoumois, je me dirige vers le sud-Poitou maternel, histoire de faire une pause dîner avant de remonter à  la capitale Lemonum. Alors que j'allais franchir le pont sous la voie SNCF qui sépare à peu près les Deux-Sèvres de la Vienne, entre Limalonges et Saint-Saviol, j'ai viré à gauche, pris d'une soudaine envie de voir la fameuse pierre sise à cet endroit.

Extrait de la Monographie de Saint-Saviol, par Henri Dechambe, Les Amis du Pays Civraisien, septembre et octobre 1976

Repéré sur le cadastre napoléonien de Limalonges, sous le nom de Pierre Levée :

AD79, Limalonges, Section C2 de Pannessac, 1836

"Ce dolmen", nous dit Pierre-Amédée Brouillet ("Indicateur archéologique de l'arrondissement de Civrai : depuis l'époque anté-historique jusqu'à nos jours, pour servir à la statistique monumentale du département de la Vienne", 1865), "est un des mieux conservés et des plus curieux que j'ai vu (fig. 1 & 2).
Il se compose d'une table de forme allongée, arrondie au sud-ouest, et terminée en pointe au nord-est; sa longueur est de 7 mètres 30 centimètres, sa largeur de 3 mètres, son épaisseur, au sud-ouest, au nord-ouest et au sud-est, est de 1 mètre, au nord-est elle n'est que de 55 centimètres ; elle est soutenue par six supports dont quatre seulement sont en contact avec elle ; les autres sont brisés ou n'ont du servir qu'à clore le terrain compris sous ce monument ; son inclinaison du sud-ouest au nord-est est très sensible ; sa plus grande élévation est de 1 mètre 45 centimètres et la moindre de 75 centimètres. La superficie de cette table offre plusieurs cavités dont quelques unes ont été certainement creusées par main d'homme ; on remarque surtout quatre trous arrondis A, (fig. 3) disposés en losange et placés au sud-ouest de la table.
La nature de la pierre appartient au calcaire. Elle doit avoir été prise sur les lieux. 
Ce monument fort remarquable, est situé dans la commune de Saint-Saviol, au milieu d'un bosquet, à quelques centaines de mètres du chemin de fer et tout près de la station de Civrai. 
Lorsqu'on l'a fouillé on y a trouvé des débris considérables d'ossements humains bien conservés, des haches en silex de 15 centimètres de long, des os travaillés et pointus de 12 à 15 centimètres de long. On n'a vu ni cendre, ni charbon , rien qui annonça une combustion funéraire.
Ce dolmen a déjà été signalé par un de nos collègues, M. de la Mariouze, dans les bulletins de la société des antiquaires de l'ouest, année 1838, page 109.
Dans les mémoires de l'Académie Celtique, tome 3 page 484, on trouve une notice sur ce monument, par M. Dupin, ancien préfet de la Vienne et membre de l'Académie Celtique. 
La fig. 1re est prise au sud-ouest et la fig. 2 au sud-est."

Extrait de l'Indicateur de Brouillet

Extrait de l'Indicateur de Brouillet

Enfin, assourdi par le silence des bois, j'observe la splendeur de la dame de pierre (3 mai 2016) :

jeudi 5 mai 2016

Maires de Civray

1690-1710Pierre FRADIN, sieur de la Vigerie, né vers 1668, était le fils de Pierre, sieur de la Vigerie, et d'Élisabeth Pastre. Il fut présenté, sur son acte de décès, le 1er juin 1710, comme "premier maire et capitaine" de Civray, en exécution de l'édit du 27 août 1690, qui créait cette charge (v. FRADIN de Belâbre) (1).
vers 1711François FRADIN, sieur de la Renaudière et de la Vallée, né vers 1675, était le fils de Louis et de Gabrielle Pascault. Il était capitaine au régiment de Rouergue, puis fut nommé maire de Civray, en succession de son cousin germain Pierre Fradin (2).
1714-1718Charles BRICAULT, sieur de Verneuil, conseiller du roi et lieutenant général de Police, baptisé le 12 octobre 1686 à Civray, était le fils de Charles, sieur de Verneuil, conseiller du roi et son avocat et lieutenant général de police, et de Jeanne Texereau. Il épousa, le 21 juillet 1715, devant Gay et Tastereau, notaires à Saint-Maixent, Marie-Geneviève Bonneau. Il fut maire alternatif de Civray de 1714 à 1718, d'après Faye — de 1715 à 1718 d'après Beauchet-Filleau — (v. BRICAULD de Verneuil) et mourut le 13 mars 1737 (3).
1751-1777Jean-Charles RIVAUD, conseiller du roi, baptisé le 21 décembre 1724 à Lizant, était le fils de Charles Jean, sieur de la Gautrie, et de Suzanne Arnaud. Licencié ès droit, il épousa, le 26 janvier 1750, à Niort, Élisabeth Rondeau, fille de Jacques et de Marie Greffier. Il fut nommé maire de Civray en 1751 et mourut le 18 janvier 1778, "regretté de tous les gens de bien" (v. RIVAUD de la Cailleterie) (4).
1777-1791

an VIII
an IX
Pierre-Bernard BOURDIER de Laillié, sieur de la Lande, né le 20 mars 1753 à Charroux, était le fils de Pierre-Jacques, sieur de la Laillé, et de Marie-Magdeleine Duquerroix. Il fut nommé maire de Civray par ordonnance du 10 février 1777 et installé le 4 juin suivant, où il avait épousé, le 8 avril de la même année, Suzanne Marguerite Ursule Rivaud, fille de Jean-Charles, lieutenant général de Police, et d'Élisabeth Rondeau. Après la révolution, il fut maintenu par les suffrages des habitants. Mais il se démit le 1er janvier 1791. Par la suite, il fut agent municipal puis maire de nouveau dès l'an VIII (v. BOURDIER) (5).
an X-1832Pierre Roch BROTHIER, né le 16 août 1760, était le fils de Jean-Baptiste, sieur de Chambes et de Rollière, et d'Anne Loubaud, dame de la Barauderie. Avocat en parlement, il épouse, Marie-Magdeleine Martin. Il meurt le 5 février 1848 dans sa ville de Civray.
1832-1846 Alexandre-Eugène BOFFINET, docteur en médecine, naquit le 15 mai 1795 à Limalonges. Fils de François Junien, aussi docteur en médecine, originaire de Saint-Savinien (Charente-Maritime), et de Marie-Cécile Étiennette Jozeau-Marigné, il épousa, le 2 juillet 1822, à Civray, Suzanne Serph, fille de Jean-Baptiste et de Radégonde Constance Chevallon. Quittant Civray, il fut percepteur à Guérande (Loire-Atlantique) en 1855 et 1862, puis propriétaire à Biard où il mourut le 6 septembre 1882.
1846-1847Pierre VAILLANT, officier de santé, baptisé le 10 juin 1779 à Civray, était le fils de René, procureur au siège royal, et de Marie Serph. Il y épousa, le 28 octobre 1807, Louise Marie Modeste Daveaux, fille de Jean Olivier Pascal, marchand orfèvre, et de Marie-Suzanne Perrin (v. VAILLANT de Sommières-du-Clain).
1847-1848Victor Élie Abraham BROTHIER, fils de Jean-Louis Saint-Abre, secrétaire greffier du Point d'Honneur, et de Marie-Anne Ouvrard, naquit le 9 vendémiaire de l'an VII à Ruffec et mourut à Civray le 12 décembre 1869. Il fut marié, le 1er juillet 1822, à Voulême, Marguerite Julie Bonnin, fille de François, notaire, et de Jeanne Grollier, et fut percepteur des contributions directes.
1848-1855Léon Magloire JOZEAU, avocat, fils de David Célestin Léon et d'Élisabeth Dangiers-Chemeraudière, né le 6 floréal de l'an XIII (26 avril 1805) à Civray et décédé le 8 avril 1888 au même lieu, avait épousé, le 3 février 1841, à Genouillé, Marie Adélaïde Bonnard-Fonvillars, née le 20 mai 1815 audit lieu, fille d'Alexandre, propriétaire et ancien chirurgien de la marine, et d'Adélaïde Sophie Boutelant (v. JOZEAU de Marigné). 
1855-1858Charles-Frédéric IMBERT de l'Hermitage, né le 22 juillet 1817 à Civray, était le fils de Baptiste Charles Fulgence et de Marie-Anne Céleste Jozeau. Il fut l'époux de Marie-Adélaïde Thibault et mourut le 22 août 1901 en sa ville (v. IMBERT).
1858-1868Jean-Pierre MOREAU, notaire, commandant de la garde nationale, membre du conseil général de la Vienne et chevalier de la Légion d'Honneur, né vers 1802, était le fils de Jean-Pierre et de Jeanne Mercier. Il fut l'époux de Marie-Céleste Adeline Serph et mourut le 8 novembre 1868 au cours de son mandat.
1868-1871Philibert BACHELIER, né vers 1808, fils de Pierre et de Jeanne Julie Nivard, fut l'époux de Louise Alexandrine Tendron. Il assura les fonctions de maire par interim après le décès de son prédécesseur, puis fut élu maire en 1870. Il mourut le 6 août 1900 à Civray.
1871-1875Charles-Frédéric IMBERT de L'Hermitage
— second mandat.
1875-1880Dominique François PIERRON, né le 6 août 1823 à Couhé, était le fils de François et de Marguerite Ricôme. Il épousa Prudence Gallot et mourut le 3 août 1900 à Civray.
1881Augustin Joseph MERCIER-DESPONTEILLES, né le 17 janvier 1823 à Saint-Pierre-d'Exideuil, était le fils de Jean-Baptiste, propriétaire et président du conseil de fabrique de Civray, et d'Anne Christine Barrier de Sainte-Marthe. Il fut emlployé en chef de la comptabilité du matériel de l'administration du chemin de fer d'Orléans à Bordeaux, en résidence à Tours. Il avait épousé, le 20 août 1849, à Civray, Alix Radégonde Godin, et en fut maire de mars à septembre 1881. Il y mourut le 29 septembre 1885.
1881-1888Jean-Alexandre Baptiste GUILLAUD-VALLÉE, né le 5 juillet 1836 à Montalembert, était le fils de Jean-Baptiste et de Marie-Madeleine Métayer. Médecin à Civray, il épousa, le 11 juin 1873, à Savigé, Marie-Louise Ernestine de Belhoir.  Il fut maire de Civray, puis élu au conseil général de la Vienne en 1892. Le 15 octobre 1895, alors qu'il revenait en voiture de visiter ses malades, son cheval attelé à sa voiture s'emporta. Le docteur dut projeté sur le sol et traîné par le véhicule. Transporté à domicile sans avoir repris connaissance, ses collègues médecins constatèrent des factures au bras, aux jambes et au crâne. Il mourut en soirée, vers 10 heures et demie (v. GUILLAUD de la Vallée).
1888-1889Dominique-François PIERRON.
— second mandat.
1889-1896Victor-Auguste DOLIN, fils d'Auguste et de Joséphine Pochet, maîtres de pension bourgeoise, employé des contributions indirectes puis entrepreneur des transports, naquit le 10 août 1845 à Poitiers. Il épousa, le 15 octobre 1866, à Civray, Suzanne Fanie Baillargeon, fille de Jean et d'Élisabeth Brunet, maîtres d'hôtel.
1896-1904Louis-Léon-François SERPH, fils de Pierre Charles Louis Léopold, propriétaire, et d'Eulalie Anne Malapert, naquit vers 1897 à Civray, fut avocat et conseiller d'arrondissement. Il avait épousé Marie-Agathe Gabrielle Bailliot, et mourut le 17 avril 1905, dans sa demeure, sise Jean-Jacques Rousseau, à Civray (v. SERPH).
1904-1912Arthur-Ludovic D'HOUTEAUX, fils de Delphin Auguste, gendarme à cheval originaire de Houtaud (Doubs), et de Rose Églantine Gourgeaux, naquit le 14 avril 1855 à Civray. Il était clerc d'huissier lorsqu'il y épousa, le 6 juin 1881, Louise Gaildrat, lingère, fille naturelle de Marie Gaildrat. Il fut par la suite huissier auprès du tribunal de première instance de Confolens, puis banquier (v. D'HOUTEAUX).
1912-1919Armand-Alexandre-Hyppolite MAILLET, fils d'Hubert Hyppolite Hyacinthe, aubergiste, et de Léonie Adélaïde Langlois, naquit le 6 juin 1863 à Poitiers. Il y était voyageur de commerce lorsqu'il épousa, le 22 novembre 1888, à Joussé, Marie-Flavie Valentine Julienne Barbot, fille de feu Julien, minotier, et de Marie-Anne Valentine Sabourin. Il fut par la suite négociant à Civray.
1919-1925Charles-Gusman DEGUSSEAU, serrurier, fils de Gusman Charles, chaunier, et de Marie-Zoé Pannelier, naquèit le 24 juillet 1847 à Rochefort, où son père, originaire de Civray, vint s'installer. Il se maria, le 7 août 1872, à la Rochelle, à Virginie Sophie Boisramé. Agent technique de la marine, il servit 29 ans, 5 mois et 1 jour au service de l'État. Il était alors adjoint principal de 2e classe des constructions navales lorsqu'il fut nommé Chevalier de la Légion d'Honneur, par décret du 13 juillet 1906 sur le rapport rendu du ministère de la Marine. Il mourut le 7 novembre 1928 à Civray.
1925-1929Eugène TEXEREAU.
1929-1940Henri ROUCHER.
1940-1945Maurice BAILLY.
1945-1953Roger BONNET.
1953-1954Albert-Léon HIVERT, fils de Léon, journalier à la Garde de Blanzay, et de Marie Moinot, y naquit le 17 août 1893. Il était expert comptable lorsqu'il s'engagea volontairement pour quatre ans à la mairie de Poitiers pour le 49e régiment d'artillerie. Promu bridagier le 25 septembre 1912, puis maréchal des logis le 10 octobre 1913, maréchal des logis fourrier le 25 octobre 1915 et enfin maréchal des logis chef le 15 juin 1916, il fut maintenu au corps à sa demande et détaché dans la mission franco-polonaise du 17 mai au 17 novembre 1919. A cette date, il rentra en France, au grade d'adjudant. Réengagé pour un ans, le 27 novembre 1919 au titre du 44e régiment d'artillerie pour être détaché à l'armée polonaise puis au 1er groupe d'aviation le 18 décembre 1919, il épousa, le 28 janvier 1920, à Civray, Marie-Aurélie Bruneau. De nouveau engagé le 4 novembre 1920 pour un an au 1er groupe d'ouvriers d'aviation, puis pour deux ans au titre du service technique de l'aéronautique le 27 novembre 1921, puis de nouveau au 1er groupe d'ouvriers d'aéronautique le 1er janvier 1924, il fit valoir ses droits à la pension de retraite, et fut libéré du service actif le 3 novembre 1926. Il fut affecté à la base militaire d'aviation n°3 à Châteuroux, le 1er décembre 1936. Affecté à la compagnie de l'air, le 2 septembre 1939, il fut renvoyé dans ses foyers le 2 novembre suivant. Il servit par la suite dans les F.F.I. du 12 juin 1944 au 5 septembre suivant, puis continua à servir dans sa formation jursqu'au 20 octobre, date à laquelle il fut affecté au 125e R.I. Il fut renvoyé dans ses foyers le 30 novembre. Il mourut le 20 juin 1954 à Civray.
1954-1959Fernand FERTIER.
1959-1971André GUILLARD.
1971-1997
Raoul CARTRAUD, né le 6 février 1934 à Lizant, fut nommé professeur de sciences physiques à l'école normale d'instituteurs de Poitiers. Il fondit un club de réflexion "socialisme moderne" peu après les élections présidentielles de 1965, encouragé par Pierre Mendès France. L'année suivante, il adhéra à la convention des institutions républicaines. Élu conseiller général du canton de Civray en 1967, il devint maire de la ville en 1971. En juin de cette année, il fut l'un des 96 conventionnels à participer aux côtés de François Mitterand au congrès d'Épinay et devint membre du Parti Socialiste. Il fut élu député de la Vienne (circonscription de Montmorillon) le 21 juin 1981, et présida le conseil général de Poitou-Charentes de 1982 à 1985. En 1994, François Mitterand le nomma membre du conseil économique et social pour deux ans. En 1997, il démissionna de ses fonctions de maire pour raison de santé et mourut le 8 octobre 2007 (source : Wikipedia).
1997-2001Jacques RIGAUD.
2001-2014Jean-Bernard BRUNET.
2014-Gilbert JALADEAU.


Sources : (1), (2), (3), (4) et (5) : Notes historiques sur la ville de Civray, Léon Faye, 1855, Fac-similé 1990, Le Livre d'histoire.

lundi 2 mai 2016

La catastrophe du "Sud-Express" en gare de Saint-Saviol du 9 juillet 1911

Extrait de Delcampe.fr
Le 9 juillet 1911, vers 7 heures du soir, une machine sort du dépôt de Saint-Saviol, qui se fait aiguiller pour rentrer à Poitiers. À ce moment, le "Sud-Express", ayant un retard de deux heures, arrive, filant à toute vapeur dans la direction de Paris. Apercevant la locomotive, Jean Dubreuil, le mécanicien qui conduit la machine, veut s'assurer qu'il est sur la bonne voie. Au moment où il s'aperçoit du danger imminent et de la collision à venir, il est trop tard : le choc des deux machines est violent. Elles roulent sur le ballast. La machine tamponnée est repoussée au loin sur la voie. Les vitres des wagons du "Sud-Express" éclatent en morceaux, blessant trois voyageurs.
On se précipite vers la machine et le corps du mécanicien est aperçu, dans une mare de sang, littéralement coupé en deux. Il est retiré de l'enchevêtrement de métal.
Le chauffeur de la locomotive, Daniel Joigny, saute en bas de la locomotive et se luxe l'épaule dans sa chute. Après de premiers soins sur place, il est conduit à son domicile, 46, route de Nantes, à Poitiers, où il reçoit la visite d'un médecin. Ce dernier n'est pas sans inquiétude sur les séquelles de la blessure et de la commotion reçus par Joigny.
Un télégramme est aussitôt adressé à la gare de Poitiers, d'où partent rapidement deux trains de secours. Dans le premier, prennent place les chefs de service et une équipe d'ouvriers. À onze heures, un autre convoi emmène une puissante grue et une autre équipe d'ouvriers.
Lorsque le premier train de secours arrive gare de Saint-Saviol, un service à voie unique par transbordement est mis en place, afin que les voyageurs du "Sud-Express" puissent continuer leur route.
Pendant que les trois lourds voitures du train sont remises sur les rails, tous les trains venant de Bordeaux sont arrêtés. Ils accumulent un retard de plus de trois heures.
À une heure du matin, un nouveau train spécial emmène sur le théâtre de l'accident M. Bourgeon, procureur général, qui ouvre une enquête judiciaire. Il rentre le matin vers 6 heures et demi, par le même train qui ramène la dépouille du mécanicien Dubreuil, que son père a tenu à aller chercher. "Mon fils, dit ce dernier, entre deux sanglots, était âgé de 43 ans ; il est marié et à une fillette de 13 ans, quelle abominable chose ! C'est affreux". Placé sur une civière, le corps du malheureux est transporté à son domicile, sis 102 bis, route de Nantes. Il est reçu par la pauvre veuve et sa fille, qui poussent des cris déchirants.
Le parquet de Civray se rend sur les lieux et procède à des expériences pour rechercher si l'aiguillage de Saint-Saviol fonctionne bien ou mal.
Et en effet, l'homme d'équipe Girard, fait aux enquêteurs donne son explication. Arrivé vers 6 heures 25, à son embauche, il s'était rendu auprès du chef de gare pour lui demander s'il devait manœuvrer la machine, qui, le matin, ayant amené un train de marchandises, se trouvait au dépôt. Devait-elle rentrer à Poitiers ? Son chef lui avait répondu : "Mais oui, parfaitement".
Au dépôt, Girard avait commandé la manœuvre. La machine était sorti, le manœuvrier lui donna la voie de garage, comme à son habitude. Mais en déclenchant le levier de manœuvre, qui porte sur un autre levier de la voie principale au moyen d'un fil de fer d'une longueur de 150 m, il ouvrit l'aiguillage de la voie principale. "Il suffit, dit-il, que le fil de fer dévie de quelques centimètres pour que l'aiguillage soit faussé. Or, sous l'action de la chaleur, sans doute, le fil de fer s'était dérange et a ouvert la voie principale". La machine conduite par Dubreuil, au lieu de rester sur la voie de garage, s'était alors retrouvé sur la voir principale, entraînant alors l'accident. L'homme se sait l'auteur involontaire de la mort de de son collègue, mais se dégage de toute responsabilité. Les magistrats de Civray assistent alors à une reconstitution de la manœuvre, et l'explication du l'homme d'équipe apparaît bien-fondé.
L'état de Joigny, le chauffeur du "Sud-Express", s'améliore. Il vivra 38 ans de plus.
Les équipes d'ouvriers travaillent d'arrache-pied à la remise en état des voies endommagées par la catastrophe. Très vite, la circulation normale des voies est rétablie.
AD86, Poitiers,
D - 1911, v.125/241
Les obsèques du malheureux Dubreuil ont lieu le 12 juillet en l'église Montierneuf. Une foule considérable suit le char funèbre, qui disparaît sous un amoncellement de couronnes. Avant de donner l'absoute, le curé prononce une allocution émouvante et Dubreuil est inhumé au cimetière de l'Hôpital-des-Champs.


Sources et extraits :
  • L'Avenir de la Vienne, éditions des 11/12, 13 et 14 juillet 1911.
  • Delcampe, pour les cartes postales (beaucoup trop chères, selon moi).

dimanche 1 mai 2016

Mort d'une centenaire à Coulombiers (1932)

Dans la nuit du 4 au 5 mars 1932, à deux heures du matin, Marie-Anne Bouhet décède chez ses enfants, à la Gaucherie, commune de Coulombiers, qui avait tout juste eu 100 ans le 30 novembre précédent.
Les années ont fini par triompher de la robustesse de cette vénérable centenaire, qu'une vie de labeur n'avait pas usée.
Marie-Anne Bouhet était née le 30 novembre 1831 à la Tourette de Lusignan, de Pierre, cultivateur, et de Marie Gauthier. Elle vivait avec ses parents aux Ruffinières de Jazeneuil, lorsqu'elle y épousa, le 25 avril 1854, Joseph Chargelègue, cultivateur au Fontioux, commune de Marçay, fils de Louis, aussi cultivateur, et d'Angélique Bouchet.
Elle ne quitta plus le canton de Lusignan, et eut huit enfants — seuls deux sont encore vivants à sa mort — et dix-sept petits enfants, ainsi que trente-et-un arrière-petits-enfants et six-arrière-arrière-petits enfants.
Elle était entourée par toute sa famille et ses amis lorsque, le 29 novembre 1931, le bourg de Coulombiers a célébré avec un éclat tout particulier les cent ans qu'elle portait allègrement. Malgré son âge, la centenaire, qui ne travaillait plus depuis quelques années — et parce qu'on le lui avait interdit — ne suivait aucun régime particulier.
Elle était d'une lucidité et d'une vivacité étonnantes.

Sources et extraits : L'Avenir de la Vienne, 6 mars 1932.

samedi 30 avril 2016

Sallanches et la chocolaterie


C'est la plus ancienne marque de chocolat, en Savoie. L'usine de la chocolaterie Pissard est fondée en 1827-1828, dans le quartier de Bellegarde, par deux frères Pissard. L'aîné, surnommée "Bilbao", a appris les rudiments du métier dans la ville espagnole du même nom. Dès les premières années d'exploitation, la fabrique est inondée et ensablée par une crue du torrent de Bellegarde. L'usine est alors transférée sur la rive gauche de la Sallanche, à moins que cette transplantation soit consécutive à l'incendie de 1840 de la ville.
En 1862, tourne le moulin à chocolat, mû par la force hydraulique du torrent. Les fèves brutes de cacao sont importées du Brésil ou des colonies anglaises d'Afrique, par le port de Bordeaux.
Avec le rattachement de la Savoie à la France, en 1860, la production de Sallanches est confrontée à la concurrence suisse, et les exportations en direction du pays helvète et du Piémont sont découragées par la cherté des droits douaniers. Côté français, la ligne de chemins de fer n'arrive pas encore à la ville. La maison Pissard se créée néanmoins une nouvelle clientèle.


En 1874, le neveu des fondateurs, Antoine Pissard, prend la tête de l'entreprise.
En 1875, la fabrication absorbe 3800 kg de sucre bruet, 3500 kg de cacao et 3200 de fécule pour produire annuellement 10 tonnes de chocolat de quatre qualités différentes, de 1,60 à 5,00 francs le kilo, exclusivement pour la France et la région.
En 1891, Antoine Pissard décède et sa femme prend le relais. L'arrivée du train à Sallanches, en 1898, favorise l'acheminement des produits vers Paris et Bordeaux, où se tiennent des dépôts. Avant 1914, l'usine occupe une trentaine d'ouvriers.
En 1932, c'est au tour du fils François de diriger l'affaire.
Au cours des années 1950, la chocolaterie Pissard ne résiste pas à la concurrence des grands marques nationales et la production cesse peu après.






Sources et extraits : "C'était hier, Sallanches", Dupraz-Borrel, 2000, aimablement transmis par le mairie de Sallanches.

NB : Les Pissard Savoyards n'ont, à ma connaissance, pas de rapports avec ceux du Poitou. On en trouve dans les deux régions à des époques reculées (début XVIIe siècle).

jeudi 21 avril 2016

Pressac et la particule nobiliaire

Parti, au premier, d'argent,
au Lion de gueules.
Au second, d'azur,

à trois fasces d'argent.
Sommé d'un casque d'argent,

de front, ouvert, orné de ses
lambrequins, des Émaux de l'Écu.

Une Couronne Ducale pour cimier.
Supports, deux Lions d'or,

les tête contournées.
La particule nobiliaire, contrairement à ce qu'un bon nombre d'entre nous pensons, n'est pas une marque de noblesse. Cette particule n'était mise en avant des patronymes que lorsque ceux-ci désignaient une origine géographique. Beaucoup de familles, propriétaires et roturiers, portaient cette particule, sans pour autant être nobles.
Au contraire, de nombreuses familles nobles ne portèrent pas de particule. Si certaines en avaient, la plupart l'ont discrètement soustraite au moment de la révolution. Rares sont celles qui en rétablissent la forme initiale.
Lorsque son patronyme est tiré d'un lieu, ou l'inverse, lorsque qu'un lieu est tiré de notre patronyme, des règles de loi peuvent s'appliquer curieusement.

Prenons la famille DE PRESSAC, dont l'origine serait à rechercher parmi les ducs d'Aquitaine. Ceux-ci portaient les mêmes armes que les comtes de Fezensac, et les Comtes d'Armagnac, sortis de cette dernière famille.
D'après la nécrologie du comte Gabriel de Pressac de Lioncel (publiée dans La nouvelle revue héraldique, 1931, p. 109), cette famille appartenait à une chevaleresque maison du Limousin, dont le lointain ancêtre avait été fait comte d'Auvergne par Charlemagne après la conquête du Bordelais.
Garcia II Sanche, comte de Gascogne, dit également Garsie-Sanche le Tors ou le Courbé, dont l'origine est trouble (princes de Navarre, comtes gascons, etc.), pourrait être le fils de Sanche II Sanche, duc de Vasconie (836-852). Il fut comte de Gascogne de 886 (ou 887) à sa mort après 920, succédant à Arnaud (duc de Vasconie  en 864), neveu de Sanche II Sanche. D'après Wikipedia, en 867, il apparut dans une charte publiée par les grands d’Aquitaine assemblés à Bourges pour décider d’une action lors du crépuscule du règne de Charles le Gros. En 904, il utilisa le titre de comes et marchio in limitibus oceani (« comte et margrave jusqu’aux limites de l’océan »). Garcia fut le premier d’une lignée de comtes puis ducs qui gouverna la Gascogne jusqu’en 1032 et incorpora le comté de Bordeaux dans son domaine. Ses trois fils (Sanche, Guillaume et Arnaud) se divisèrent son domaine.
Époux d'Amuna, il fut le père de : a) Sanche III Garcia, qui hérita du comté de Gascogne. b) Guillaume Garcia, qui hérita du comté de Ferenzac (comprenant l'Armagnac). c) Arnaud d'Astarac, hérita du comté dudit nom. d) Garsinda, épouse de Raymond III de Pons, comte de Toulouse. e) Arcibella, épouse de Galindo II Aznarez, comte d'Aragon.
Descendant de Guillaume Garcès de Ferenzac, Guillaume-Astanove, comte de Fezensac, épousa, vers 1030, Bénédicte Gallin, qui lui apporta la terre de Preissac, et dont la descendance prit le nom (souvent déformé en Prexac, Preyssac, Pressac, Prechac, Préchat ou Pressag). Il fut comte de Fezensac de 1032 jusqu'à sa mort, en 1064. Il est particulièrement connu pour être l'un des fondateurs du monastère de Saint-Pé-de-Bigorre. Son aîné, Aymeric, surnommé Forto, poursuit la lignée des Ferenzac, et son cadet, Bernard, dit Contrario, créa la branche de Preissac.
Cette puissante famille s'est répandue dans le sud-ouest de la France et a probablement donné son nom à plusieurs villages et hameaux (voire même la ville de Preissac, au Québec), et, a priori, Pressac, dans la Vienne.


Pour en savoir plus, je vous renvoie à la Généalogie de la maison de Preissac, de Gastellier de la Tour, publiée en 1770. L'abbé Joseph Nadaud, dans son Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges (tome 3, pages 386 et suivantes), en précise les descendants.


Le 16 décembre 1965, devant messieurs les président et juges composant le tribunal de grande instance d'Angoulême, Anselme Alfred Pressac, directeur des relations publiques "Province Informations", demeurant à Royan, 5, avenue Clémence-Isaure (ayant maître Jacques Raoux pour avoué), expose qu'il présente une requête en vue d'obtenir la rectification de son acte de naissance et celui de ses auteurs.
Par jugement du 28 mai 1965, ce tribunal avait désigné comme expert Pierre Chiappini, professeur de langues, diplômé en droit comparé, traducteur agréé près les tribunaux, généalogistes, avec pour mission :

  • rechercher si l'un des ancêtres en ligne directe du père du demandeur a régulièrement possédé le nom de "de Pressac de la Chèze",
  • rechercher si le demandeur peut être considéré comme le représentant ou l'un des représentants actuels de la famille "de Pressac de la Chèze", ou de toute autre branche de la famille de Pressac.Bien sûr, après avoir compulsé tous documents utiles, s'être entouré de tous renseignements à charge par lui d'indiquer les sources.
Les "de Pressac de la Chèze" (Barbezieux, en Charente) sont issus d'Aymard de Pressac, fils d'Aymeric, chevalier, seigneur d'Esclignac, et autres lieux, et d'Hunode de Poy, à la fin du XIVe siècle, ce dernier étant un petit-fils de Vital de Preissac, seigneur de Gavarret, etc., lui-même arrière-arrière-petit-fils de Contrario, que je cite plus haut. Cette famille de la Chèze finit en quenouille ; c'est l'un des cadets, formant la branche des "Lioncel", qui poursuit la lignée jusqu'au XXe siècle.

La requête se poursuit ainsi :
Attendu que les travaux de l'expert Chiappini ont établi la filiation de l'exposant sans aucune contestation possible, jusqu'à un certain Joseph Pressac, né vers 1621,
Qu'il fait remarquer que le nom "Pressac" ne pouvant être qu'un nom de lieu (d'ailleurs encore existant), ce nom d'origine est logiquement précédé de la particule DE,
Attendu que si, depuis le XVIe siècle, cette particule a disparu, l'expert a cependant relevé deux graphies du nom : "de Pressac" et "Pressac",
Attendu qu'en 1931, M. Pierre Pressac, cousin de l'exposant, a été autorisé à reprendre la particule,
Attendu, en effet, il ne saurait faire de doute, aux yeux de l'expert, que les "Pressac" et "de Pressac" ne forment qu'une seule et même famille,
Qu'il en précise notamment la preuve dans le fait que la généalogie par lui reconstituée laisse apparaître que si les "de Pressac" cessent de se manifester vers 1666, dans les actes et les registres examinés, par contre, et avec une coïncidence étonnante, les "Pressac" se révèlent à la même époque,
Attendu qu'il est donc certain que la particule a cessé, à un moment, d'être mentionné sur les actes sans doute par erreur d'un scribe de l'époque, et que cette seconde graphie erronée s'est perpétuée jusqu'à nos jours,
Attendu qu'enfin l'expert, pour plus de certitude, n'a pas manqué de contrôler l'attachement des "Pressac" à la noblesse, que les archives par lui dépouillées, et qu'il cite dans son travail, l'on conduit à affirmer que Joseph Pressac, ci-dessus nommé, n'est autre que le 5e enfant d'Henri de Pressac du Repaire et de Catherine Barbarin,
Voir à ce titre mon article sur les de Pressac du Repaire, tiré du nobiliaire de Nadaud.
Attendu que M. Chiappini écrit alors : "il ne fait aucun doute que la famille du requérant est authentiquement noble et se rattache à la branche "de Pressac du Repaire" qui eut les seigneuries suivantes, en toute propriété : du Repaire, des Moulins Pauthe, de la Motte Macquart, de Mazières, de la Chèze, de Montrigaud, de la Saludie, des Morties, de Puyrigaud, de Lubignac, de la Touderie et de Puy d'Availles,
Attendu qu'une adjonction, antérieurement à 1789, d'un nom de terre à un nom patronymique, confère aux descendants du propriétaire de cette terre le droit d'ajouter ce surnom à leur nom,
Attendu que les recherches de l'expert l'ont conduit à dire que le nom de seigneurie la plus ancienne pour la branche fixée en Charente, est le nom de la Seigneurie de la Chèze, et que cela est effectivement corroboré par la généalogie de l'Hozier versée au dossier,
Que l'examen des travaux de l'expert, concernant la branche de la famille "de Pressac du Repaire" permet de constater cette branche, des alliances nobles, et de relever des distinctions rares,
Qu'un nom de famille peut être repris par le représentant de cette famille, de quelques longueurs qu'ai été l'interruption dans l'usage du nom (Req. 14.14.1934 O.H. 1934-265).
En raison de ces éléments, et dans les limites de la compétence du tribunal, le procureur de la république requiert :
  • que l'acte de naissance du père de l'exposant sera rectifié en ce sens qu'au lieu d'Anselme Pressac, il sera qualifié d'Anselme de Pressac,
  • que par voie de conséquence, son acte de naissance personnel sera rectifié en ce sens qu'au lieu d'Anselme Alfred Pressac, il sera lui-même qualifié "Anselme Alfred de Pressac de la Chèze",
  • que les actes de naissance de ses aïeuls seront rectifiés en ce sens qu'ils seront orthographiés "de Pressac".
Ainsi, toute la lignée paternelle du demandeur est changée sur les registres, tel qu'il suit :

Anselme Alfred, né le 18 mars 1911 à Sari-d'Orcino (Corse), fils d'Anselme et de Catherine Poirier, mariés le 28 octobre 1907 à la Couronne (Charente)
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Anselme Pressac, né le 28 mai 1881 à Ruffec (Charente), fils d'Anselme et de Françoise Juttard, mariés le 31 mai 1880 à Ruffec
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Anselme Pressac, né le 25 mars 1857 à Ruffec, fils de François et de Marceline Moucherat, mariés le 18 janvier 1847 à Ruffec
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François Pressac, né le 5 avril 1826 à Ruffec, fils de Jean Pressac et de Marie Ducerisier, mariés le 30 décembre 1816 à Ruffec
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Jean Pressac, né le 30 frimaire de l'an VI (1797) à Ruffec, fils de Simon Pressac et de Marie Massacré, mariés le 6 vendémiaire de l'an III à Ruffec
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Simon Pressac, baptisé le 14 mars 1725 à Pleuville (Charente), fils de François et de Renée Audouin
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François Pressac, baptisé le 19 octobre 1692 à Availles-Limouzine (Vienne), fils de Jean et de Marie Chauveau
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Jean Pressac, baptisé le 10 juillet 1656 à Availles-Limouzine, fils de Joseph et de dame Ticquais

Le jugement est prononcé en l'audience du 7 janvier 1966 par messieurs Rouillé, chevalier de la Légion d'Honneur, président et par Chemin & Mongibeaux, juges, en présence de messieurs Deste, substitut du procureur de la république, et Charbonnier, greffier.

Le rendu de ce jugement est particulièrement visible dans les archives numérisées de la Vienne, en ce qui concernent les deux premières générations :

AD86, Availles-Limouzine, B - 1647-1656, v. 121/121

AD86, Availles-Limouzine, BMS - 1690-1696, v. 27/57

L'acte de naissance du demandeur lui-même est ainsi rectifié :

AD2A, Sari-d'Orcino, NMD - 1908-1912, v. 71/117
Bon, j'en viens au fait, car je ne suis pas tombé sur ce jugement par hasard (et je remercie celui qui m'a bien aidé sur Angoulême). L'un de mes ancêtres, Jean Pressac, né vers 1680, huissier royal à Availles-Limouzine, y épousa, le 19 février 1703, Marie Gaultier. Le mariage, non filiatif, ne me donnait que le nom du père de l'époux : Jean Pressac, ainsi que le nom d'un de ses oncles : Jean Pressac.

AD86, Availles-Limouzine, BMS - 1701-1710, v. 28/123

Autant dire, c'était pas gagné !

L'an dernier, je me suis penché sur les minutes notariales d'Availles-Limouzine, me permettant d'ajouter quelques branches à mon arbre, bloqué depuis bien longtemps.
Ces archives me permirent de donner une identité aux deux Jean Pressac, deux frères au même prénom qui étaient donc le père et l'oncle de mon aïeul. L'un et l'autre étaient les enfants de Joseph Pressac, sergent royal, et d'Anne Ticquais, ce couple évoqué par la requête présentée au TGI d'Angoulême.

L'aîné, baptisé le 6 octobre 1647 à Availles-Limouzine, fut marié, le 27 novembre 1679, à Antoinette de la Chastre. Il s'agit de mon ancêtre.
Le plus jeune, baptisé le 10 juillet 1656, comme précisé au TGI, fut l'époux de Marie Chauveau. Bientôt, le doute s'installe. D'une part, je n'ai pas retrouvé, dans mes recherches, de descendants ayant postérité : s'ils ont bien eu un fils, François, baptisé en 1692 (leur seul enfant), et bien que Jean Pressac, veuf, se remarie en 1715 à Marguerite Chesne, il n'eut que deux autres filles : Marguerite, en 1716, et Catherine, en 1718.
L'expert fait marier François Pressac à Renée Audouin, sans préciser la date et le lieu. Ce mariage a lieu, c'est certain, le 29 janvier 1704, et — attention — à Pressac, précisément. Du reste, je suis d'accord avec la suite de l'expertise de Chiappini, la famille Pressac quitte la région d'Availles pour Pressac et Pleuville, puis pour Ruffec.

Il reste tout de même un doute, puisque la filiation entre François Pressac (époux Audouin) et Jean Pressac (époux Chauveau) ne me paraît pas évidente, d'autant que le curé de Pressac s'amuse à orthographier le nom du marié comme suit : François de Pressac !

AD86, Pressac, BMS - 1694-1717, v. 60/120

Pensez-vous qu'un tribunal peut rendre un jugement sur un détail erroné, alors que sa parole fait loi ?

De toute évidence, selon moi, une erreur a été commise, en 1966. Je ne suis pas d'accord avec la filiation donnée à cette époque par l'expert, à mon ancêtre Joseph Pressac, époux d'Anne Ticquais. En effet, et Chiappini n'en avait sans doute pas eu connaissance, le contrat de mariage de ce couple existe, et existe même très bien, passé devant Chauveau à Availles, le 24 janvier 1647. Il indique que Joseph Pressac est le fils de Jean et d'Anne Mosnier, couple ayant vécu à Saint-Germain-de-Confolens, dont l'appartenance à la noblesse fait gravement défaut. D'ailleurs, Joseph Pressac est maître cordonnier (à son mariage, il sera par la suite sergent royal), son père sergent royal, ce qui les place parmi les roturiers (aisés, sans doute, mais non nobles).


AD86, minutes Chauveau, 4 E 17/4

Du coup, la découverte de ce contrat met à mal le jugement passé il y a 50 ans. Je me rends compte du travail d'un généalogiste qui, quel qu’il soit, est tributaire de la validité de ses recherches et de ses suggestions, mais également de ses erreurs.

Les lieux cités ci-dessus :


vendredi 1 avril 2016

État des émigrés

État de ceux de la R.P.R. des environs de Civray qui ont quitté le royaume et passé dans les pays estrangers.

A Civray,

Damoiselle Élisabeth Pastre veuve de Pierre Fradin, receveur des consommations, a quitté le royaume avec une de ses filles, a laissé maître Pierre Fradin, N.C. maire de Civray, damoiselle Jeanne Fradin, sa soeur ; et encore la dame Fradin qui avoit épousé le sieur du Breuil de Praille morte depuis cinq à six mois, qui a laissé un fils et trois filles qui sont chez maître Fradin maire, leur curateur, qui les fait élever et instruire dans la R.C.A.R. et leur donne éduction digne de leur naissance, ledit Fradin, sa soeur et ses mineurs sont et demeurent héritiers en bien qui avoit appartenu à leur père constitué en une maison siss à Civray et la maison noble de la Roche d'Orillac, paroisse de Saint-Gaudent, pour une valeur le tout d'environ douze cent livres, la mère n'ayant pour de bien comme en cette province, estant du côté de Saintonge.


Jacques Tahourdin, sieur de Verrière, a quitté le royaume avec trois filles ; le bien desquelles consiste en une maison noble sise en la paroisse de Saint-Nicolas de Civray, y ayant une métairie joignant une autre métairie au villlage des Mauvoisins, paroisse de Genouillé, une petite terre dans la paroisse de Saint-Romain d'environ vingt boiceaux de seigle, une métairie au village de la Grange, paroisse de Linazay, le tout pour valoir de revenu environ quatre cent cinquante à cinq cent livres. Le sieur des Granges, Tahourdin, son frère en a toujours joui par bail. Il est N.C., faisant son devoir.

Le sieur Forestier et sieur du Teil de la paroisse de Saint-Clémentin près Civray et deux soeurs ont quitté le royaume, ont laissé la maison noble des Coudrais avec une métairie et une autre métairie au village de Champmagnan, paroisse de Saint-Macoux ; le tout pouvant valoir trois cent livres de [...] le bien possédé par le sieur de Barazan Salmondière, demeurant à Vouillé, près Niort ; on m'a assuré qu'il un ancien catholique. Il a resté une autre fille qui est prisonnière à Civray depuis l'année 1686, laquelle n'a jamais voulu se convertir, elle y fut mise par ordre de monsieur Foucault, elle a pur de génie et est entestée de sa religion et je ne sais qui la nourrit.

La demoiselle Caillabeuf veuve la Boissière, vivant médecin, a quitté le royaume avec deux filles âgée de plus de 30 ans, pour lors ont laissé une petite métairie au village de Gesron, paroisse de Blanzay, et une maison appelée Chaléroux, paroisse de Château-Garnier, le tout est au bail et saisi par des créanciers et ne peut valoir qu'environ deux cent soixante livres de revenu.

Dame Jeanne Dunoyer veuve de Jean Rivaud, vivant procureur à Civray, est aussi sortie et a emmné une fille qu'elle avoit eu dudit Rivaud, qui est morte en Allemagne, où ladite Dunoyer qui y a épousé Casaucau, ministre de Civray, elle a emporté son bien, estant en argent ; la succession de sa fille a esté partagée entre Alexandre, Jean, Pierre, Marquise et (...) Rivaud, femme Gaschet, avocat, lesquels Rivaud, savoir, Alexandre et Jean, ne font devoir de catholicité aussi bien que Gaschet.

La femme de Prévost, avocat et fermier de Boisseguin, est morte en Suisse, ayant emmené ayant emmené, prouver, son fils, sa femme et un fils comme elle estoit d'Angoumois elle n'avoit pourvu de fond ni de domaine, deux filles qu'elle a laissé, une desquelle est mariée avec Jean Renaud dont il est parlé de la (...) ci-dessus ouï esté héritière et de Provost leur père mort depuis peu huguenot quoi qu'il avoit abjuré. Les filles héritières et bénéficiaires du frère, ne font devoir de catholiques.

Provost fils est revenu il y a trois ou quatre ans et a laissé sa femme, le bien de laquelle est a Chaste Lavaud, il paroist fort assidu à l'église et un mauvais ménager et débauché et n'a pas la liste bien timbrée. Il a un fils a (...) les Dunoyer procureur, lequel je ne crois pas catholique.

Le sieur Vaugelade Varonnière, procureur du roi des traites, a deux enfants hors du royaume, l'aîné avoit (...) pour être ministre et le cadet a servi dans les troupes de Brandebourg et y est mort, l'aîné est en Allemagne, leur mère est morte depuis, nouvelle convertie et a laissé peu de biens.

Le fils aîné du feu sieur de Passac, sa femme et deux soeurs ont aussi quitté, il a laissé quatre filles sous la tutelle du sieur de la Barre, lequelles sont par ordre de monsieur l'intendant en religion. Elles ont la maison noble de Passac et dépendant de la paroisse de Chaniers, d'environ douze cent livres de vault.

Le sieur de la Raslière  Gourjault frère du feu sieur de la Millière a servi pendant toute cette guerre dans les troupes de Brandebourg. Il peut avoir laissé pour moins deux mil livres de vault, sa légitimité étant sur les maisons de la Millière, paroisse de Romagne, et la Raslière. Ci-bas (...) il y a un fermier et je ne sais qui touche ses biens. La dame de Marconnay sa soeur qui n'est point en ce pays.
 



Sources :
  • Archives départementales de la Vienne, cote C53 ;
Un remerciement spécial à François Brillanceau qui m'a fait découvrir ce fond.